31 mars 2017








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Ouzbekistan: un autre journaliste attend son procès

16.09.2010 09:08 msk

Alexey Volosevich




Sur la photo: Malik Boboev. Photo de © «Ferghana.ru»

Le pouvoir ouzbek s'apprête à juger un autre journaliste qu'ils ne parvient pas à contrôler. Il s'agit d'Abdumalik Boboev, correspondant de la radio Voice of America. Il est accusé de «diffamation», d' «outrage, de «départ illégal à l'étranger» ou d'«entrée illégale sur le territoire de l'Ouzbekistan» et de «diffusion d'informations menaçant l'ordre public».

Les charges retenus contre lui stipulent que le délit a été commis avec «le recours à l'aide notamment financière d'organisations religieuses et d'états étrangers, d'organisations et de citoyens». Par organisation étrangère on entendait probablement la radio Voice of America financée par le gouvernement des Etats-Unis. Le journaliste risque de cinq à huit ans de prison pour ce chef d'accusation.

Abdumalik Boboev, 41 ans, est correspondant de Voice of America depuis 2006. Il n'a pas d'accréditation officielle, mais en a déjà fait plusieurs fois la demande au Ministère des affaires étrangères d'Ouzbekistan, sans jamais recevoir de réponse.

Notons que la coopération avec les media étrangers n'ayant pas d'accréditation officielle en Ouzbekistan est qualifiée de grave violation des lois par le gouvernement, contrairement aux termes de la législation en vigueur et de tous les accords internationaux signés dans ce domaine.

En janvier 2001, Abdumalik Boboev et cinq autres journalistes indépendants ont été convoqués par le Parquet de Tashkent pour s'expliquer sur leurs activités professionnelles qui irritaient tant le pouvoir du pays.

Une autre affaire précède l'inculpation du journaliste. En janvier 2010, Abdumalik Boboev avait quitté pour quelques temps le pays pour se rendre au Kazakhstan. A son retour, les douaniers ouzbeks, pour une raison inconnue, avaient omis d'apposer un tampon obligatoire sur son passeport. Le journaliste a découvert ce détail en mai dernier, alors qu'il souhaitait retourner au Kazakhstan. Au village de Maiskii, au barrage de la Douane, il apercevait une foule de migrants ouzbeks. En attendant son tour dans la file d'attente, il décidait de les prendre en photo sur son portable. Il était alors interpellé par les douaniers ouzbeks, qui l'interrogeaient sur les raisons pour lesquelles il filmait la foule. En examinant son passeport, ils découvraient alors que celui-ci ne portait pas le tampon nécessaire. Abdumalik Boboev se faisait alors remettre une note explicative et conduire au bureau de police (RUVD), où il se faisait confisquer son dictaphone et son portable. On lui faisait alors payer une amende de 40 000 sums ($18) pour avoir filmé la zone frontalière sans autorisation. Notons que les journalistes qui ne travaillent pas dans les media officiels n'ont pas besoin du tout de ce genre d'autorisation. Puis, il a été mis en liberté.

Malik Boboev
Malik Boboev

Peu de temps après, le journaliste recevait une convocation du Parquet de Tashkent. L'enquêteur annonçait qu'il reprenait le dossier et qu'il avait besoin du passeport du journaliste pour en faire une photocopie. Après cette photocopie, l'enquêteur avait laissé partir le journaliste. Le mois suivant, Abdumalik Boboev déposait une demande de renouvellement de passeport, s'apprêtant à partir à l'étranger pour une conférence internationale, et son passeport ne copmortant plus de page vierge. Quelques jours plus tard, les employés du bureau chargé du renouvellement des papiers d'identité lui annonçaient que le Parquet de Tashkent avait demandé son passeport et qu'ils le lui avaient transmis.

Le Parquet signalait ensuite à son tour, qu'il avait adressé une requête aux douaniers pour savoir si son entrée au Kazakhstan avait bien été légalement enregistrée: réponse négative. Une enquête judicaire était alors lancée à l'encontre d'Abdumalik Boboev pour «avoir passé les frontières illégalement», délit passible d'une amende allant de 200 à 400 fois le SMIC ou d'emprisonnement pour trois à cinq ans.

Les autorités décidaient pourtant de ne pas se limiter à un simple article du Code pénal. Pour neutraliser définitivement le journaliste, on l'inculpait ainsi d'infraction à trois autres articles du Code pénal, sans rapport avec le passage illégal de frontière, mais liées à son activité professionnelle.

Les inculpations de diffamation et d'outrage (dont les victimes seraient les autorités publiques et le Parquet), de diffusion d'informations présentant une menace pour l'ordre public (c'est-à-dire la diffusion d'articles de presse) se basent comme d'habitude sur un «Rapport d'experts» du soi-disant Centre ouzbek de contrôle des informations et des communications, dont les employés, après avoir examiné les articles du correspondant de Voice of America, ont conclu, comme on pouvait s'y attendre, que le journaliste était coupable d'« outrage », de « diffamation », et de « diffusion » d'informations séditieuses. En tirant le conclusion qu'il fallait emprisonner le journaliste.

Rappelons que ce schéma (les conclusions du Centre ouzbek de contrôle des informations et des communications sur des affaires de diffamation et d'outrage menant à un procès et à un verdict sans appel) avait déjà mené début 2010 en Ouzbékistan à la condamnation d'Umida Akhmedova, journaliste-documentaliste et photographe ainsi qu'aujourd'hui à la procédure menée contre Vladimir Berezovskii, journaliste russe et rédacteur de Vesti.uz. Ces faits témoignent de l'efficacité de moyens mis en oeuvre pour éliminer rapidement les personnalités indésirables.

L'examen du dossier est clos. Le 13 septembre le Parquet de Tashkent a notifié son acte d'accusation à A. Boboev, lui faisant signer une interdiction de quitter le territoire. Le 14 septembre au Parquet, il a pu prendre connaissance des charges retenues contre lui et du «Rapport d'experts» du Centre ouzbek de contrôle des informations et des communications. L'enquêteur Khusan Khusanov a refusé de lui remettre ces documents, évoquant le caractère confidentiel de l'affaire. La date du début du procès judiciaire sera prochainement rendue publique.

Alexey Volosevich



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