31 mars 2017








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Kirghizstan: Dernier rapport sur les procès de Bazar-Korghon

29.11.2010 12:58 msk

Ferghana.Ru




Azimjan Askarov au tribunal lors de son procès en appel le 3 novembre 2010. Photo de Irispaï Abdraimov.

Citoyens contre la corruption, une organisation de défense des Droits de l'Homme, vient de remettre un rapport rédigé par Dinara Diikanova, juriste qui assistait au procès en appel en tant qu'observateur. Le verdict n'a pas changé (prison à perpétuité), mais Ferghana.Ru estime qu'il reste important d'en faire l'analyse.

Le procès des événements de Bazar-Korghon a suscité un grand intérêt chez les organisations internationales de défense des Droits de l'Homme, des médias kirghizes et étrangers, avec la condamnation à vie des cinq accusés, au rang desquels A. Askarov. La majorité des observateurs a conclu au caractère «antiouzbek» du procès, se basant sur les enquêtes menées et sur les verdicts rendus. Pourtant, Roza Otunbaeva, présidente du pays, a fait une déclaration devant des représentants de la justice du pays clamant qu'il n'y avait eu aucune discrimination. M. Sariev, politologue, indique que «les forces de l'ordre ont exercé une pression permanente tout au long du procès d'Askarov, car ce sont des policiers qui ont été tués à Bazar-Korghon».

Ci-dessous vous trouverez un résumé du rapport. Le texte entier est ici (en russe).

* * *

Les traités internationaux et les articles de la Constitution du Kirghizstan qui ont été violés lors des procès des événements à Bazar-Korghon

Le Kirghizstan est membre de plein droit des Nations Unies (l'ONU), et a ratifié une série de traités internationaux relatifs aux Droits de l'Homme, s'engageant à respecter et garantir les Droits de l'Homme.

1. Pacte international relatif aux droits civils et politiques adopté à New York le 16 décembre 1966. Le Kirghizstan a ratifié le Pacte le 12 janvier 1994.

2. Protocole facultatif du Pacte international relatif aux droits civils et politiques adopté à New York le 12 décembre 1966. Le Kirghizstan a ratifié le Protocole le 12 janvier 1994.

3. Convention contre la torture ou autres peines et traitements cruels ou dégradants adoptée à New York le 10 décembre 1984. Le Kirghizstan a ratifié la Convention le 26 juillet 1997.

4. Convention relative aux droits des personnes appartenant aux minorités ethniques adoptée le 21 octobre 1994 à Moscou. Le Kirghizstan a ratifié la Convention le 1er août 2003.

Conformément à la Constitution du Kirghizstan datant du 27 juin 2010, le Kirghizstan est un état souverain, démocratique, de droit, laïque, indivisible (article 1). L'Etat et toutes ses composantes sont au service de la société entière et non d'une seule partie (article 5). Les traités internationaux signés par le Kirghizstan ainsi que les principes et normes universellement reconnus servent de base à la législation du Kirghizstan (article 6).

Personne ne peut être soumis à la discrimination pour son sexe, sa race, sa langue, son handicap, son appartenance ethnique, sa pratique religieuse, son âge, ses convictions politiques ou autres, son éducation, son origine, sa situation financière ou autre, ou pour quelque autre critère. Au Kirghizstan tout le monde est égal devant la loi. (article 16).

Personne ne peut être soumis à la torture ou à d'autres peines et traitements cruels ou dégradants. Toute personne privée de liberté jouit du droit à un traitement humain et au respect de la dignité humaine (article 22).

Toute personne privée de liberté doit se voir garantir la sécurité, la possibilité de se défendre, d'avoir accès à une aide juridique professionnelle et d'avoir un avocat. (article 24)

Il est interdit d'inciter à la haine raciale, religieuse, ou ethnique, de diffuser l'idée de la supériorité d'une catégorie sociale ou d'un sexe, de faire usage de la discrimination, de la haine ou de la violence.

Bien que le Kirghizstan ait ratifié tous ces textes internationaux relatifs aux Droits de l'Homme, malgré les articles de la Constitution, des atteintes aux Droits de l'Homme persistent au Kirghizstan (répresailles, tortures, entraves aux droits de la défense, etc.)

A. Askarov à l'hôpital du centre pénitentiaire n7

La société civile a une perception négative de l'activité des organes du pouvoir, des forces de l'ordre et du système judiciaire. Les défenseurs des Droits de l'Homme qui tentent de promouvoir le respect des Droits de l'Homme sont eux-même victimes de persécutions et de pressions. Des enquêtes judiciaires sont lancées à l'encontre de certains militants, dont un cas, celui d' A. Askarov, dirigeant de Vozdukh (Air), organisation des défense des Droits de l'Homme basée à Bazar-Korghon, dans l'Oblast de Djalal-Abad, a rencontré un vif écho. Lors des événements de juin, le bâtiment de l'organisation a été incendié, les employés et les dirigeants ont été accusés d'avoir organisé des émeutes de masse, ainsi que d'avoir poussé le bourg de Bazar-Korghon aux confrontations interethniques.

A. Askarov, dirigeant de l'organisation, est en détention depuis 16 juin 2010 (selon les sources officielles), et accusé de crimes graves. Toutes les procédures et recours ont été effectués à tous les niveaux. A. Askarov a été condamné à perpetuité le 15 septembre au tribunal de Bazar-Korghon. Les avocats d'Askarov et des septs autres accusés ont selon la loi le droit de faire appel de la décision devant la Cour Suprême sous trente jours à compter de l'entrée en vigueur du verdict. Depuis le 13 novembre 2010 A. Askarov est incarcéré à l'hôpital n°47 du centre pénitentiaire de la ville de Bishkek.

Le jour même, à 15h, Tolekan Ismailova, dirigeante de l'organisation Citoyens contre la corruption et E. Kravpivina, juriste, ont rendu visite à A. Askarov.

A. Askarov a été placé seul en cellule au sous-sol des bâtiments réservés à la quarantaine. La cellule était sombre, sans fenêtre, et il y faisait très froid. Les médecins ont examiné A. Askarov et ont donné leurs recommandations. Il sera désormais placé en observation et les médecins se prononceront bientôt officiellement sur son état de santé.

A. Askarov peut désormais recevoir de la nourriture. A. Egemberdiev, directeur du centre pénitentiaire a assuré qu'Askarov aura de la soupe chaude pour le dîner. A. Askarov ignorant qu'il serait transferé à Bishkek, il n'avait sur lui ni vetêments de rechange, ni produits d'hygiène. Il s'est fait remettre couverture et vaisselle au centre pénitentiaire.

Grazdane protiv korrupzii (Citoyens contre la corruption) en coopération avec la Fondation Golos Svobodi (La voix de la Liberté) et d'autres organismes vont lui fournir le nécessaire. N. Tokhtakunov a proposé à son client de poursuivre son activité de défense des Droits de l'Homme en apportant son témoignage sur la vie à l'intérieur des murs du centre pénitentiaire.

Le déroulement de la procédure judiciaire

Citoyens contre la corruption, l'antenne de l'OSCE à Bishkek et cellede HCDH, des observateurs de l'UE et Freedom House se sont penchés sur la procédure visant A. Askarov et ses sept co-accusés. Des répresentants des média ont assisté aux procès, parmi lesquels Azzatik (de manière permanente), Ferghana.Ru (le 3 novembre), KTR, ZTR (les deux dernières sessions).

Juges: A. Moldobaev, MM Arzibaev et Samatov.

Partie civile: Janish Miizambekov et d'autres. Avocat des victimes: K. Muratbekov.

Les victimes: 1. Tchinara Bechelova, épouse du policier défunt M. Sulaïmanov. 2. K. Sulaïmanova, mère de M. Sulaïmanov. 3. J. Sulaïmanov, père de M. Sulaïmanov. Et d'autres (les répresentants des forces de l'ordre et de l'administration de Bazar-Korghone).

Les avocats des accusés: A. Abilakimov, N. Toktakunov, B. Kalmanov, T. Kainazarov, A. Mamitov, T. Tomina, U. Usmanov, M. Akmatova.

Les accusés: 1. Azimjan Askarov (réclusion à perpétuité, interdiction d'exercer toute fonction dans l'administration pendant trois ans, saisie des biens). 2. Minura Mamadalieva (20 ans de réclusion, interdiction d'exercer toute fonction dans l'administration pendant trois ans). 3. M. Kotchkorov (réclusion à perpétuité, saisie des biens). 4. S. Mulavkhuniv ( 9 ans de réclusion). 5. SH. Mirzalimov (20 ans de réclusion), interdiction d'exercer le métier de dentiste et tout autre métier pendant 3 ans). 6. D. Rozibaev (réclusion à perpétuité, saisie des biens). 7. E. Rasulov (réclusion à perpétuité, saisie des biens). 8. I. Abduraimov (réclusion à perpétuité, saisie des biens).

Témoins de l'accusation: Djoldochev, Moidunov, Kutcharov, tous répresentants de l'ordre de forces et d'autres parmi lesquels les victimes.

Les accusés n'ont pu désigner que cinq témoins, deux d'entre eux seulement ayant eu accès aux procès.

Les victimes dans leur demande d'appel ont réclamé la peine de mort pour les 8 accusés ou d'appliquer des peines plus sévères qu'en première instance. Les avocats des accusés ont demandé l'acquittement en raison de l'absence de preuves directes.

Chefs d'accusation

Les accusés sont inculpés pour des faits survenus lors des événements du 12 et 13 juin 2010 au bourg de Bazar-Korghon dans la rue Saidullaev, dont les habitants appartiennent à la minorité ouzbek, et sur le pont de la rivière Kara-Unkur, où les leaders de la communauté ouzbek de Bazar-Korghon auraient organisé des émeutes de masse liées aux confrontations interéthniques, qui se sont conclues par des blessures sans gravité pour 16 représentants des forces de l'ordre et par la mort de M. Sulaïmanov, dont le corps a été brûlé afin de dissimuler les preuves.

Pièces à conviction:

1. Les vêtements de la victime, M. Sulaïmanov (un t-shirt et une chemise).

2. Un sabre de couleur jaune (1 pièce)

3. Des matraques courtes (2 pièces)

4. Un grand couteau (1 pièce), saisi dans la maison de S. Malavkhunov.

5. Des faux en fer de production artisanale (2 pièces)

6. Un batôn hérissé de clous (1 pièce)

7. Une cassette vidéo (1 pièce), des DVD (28 pièces)

8. Les vetêments appartenant aux accusés Rozubaev et Kochkorov, présentant des traces du sang de M. Sulaïmanov (selon l'expertise judiciaire)

9. Un CD intitulé «Kurban khait 2007», «banana», «ANGTE»

10. 10 cartouches saisies lors de la perquisition menée chez A. Askarov.

Déroulement de la procédure

Les auditions se sont tenues dans des salles étroites, disposant de peu de places, à l'équipement réduit. Entre 60 et 80 personnes ont participé à chaque séance, parmi lesquelles des avocats, des procureurs, des policiers, les victimes et les membres de leurs familles, les accusés, les témoins et les observateurs. En raison du nombre limité de places, certains (majoritairement les policiers en salle) restaient debout lors des séances, créant des attroupements à l'entrée de la salle, entrant et sortant librement au mépris du bon déroulement des débats.

Les média tournaient dans une désorganisation totale. Les représentants des chaînes de télé locales pouvaient entrer et sortir à n'importe quel moment, perturbant également les auditions.

Rien n'était fait de la part des juges pour garantir un bon déroulement.

Le sentiment d'impunité ressenti par les membres de la famille du policier défunt, leur conviction d'être soutenus par le pouvoir leur permettaient de se conduire comme ils l'entendaient. La sécurité des avocats et des accusés n'était garantie qu'au sein du tribunal. Des gardes n'étaient présents que lors des sessions au tribunal tandis que des tentatives d'agression intervenaient à l'extérieur à l'encontre des avocats et des familles des accusés.

L'excessive confiance des victimes lors du procès n'a pas permis au juge d'examiner sereinement toutes les preuves et de prendre des décisions objectives.

Les membres de la famille du policier défunt M. Sulaïmanov réclamaient en permanence la peine capitale pour tous les accusés, perturbant de manière systématique les débats, insultant ouvertement les accusés et leurs avocats, mettant la pression tant sur les avocats que sur les procureurs et même les juges. Durant les sessions du tribunal les juges, les procureurs, les avocats (éthniquements tous kirghizes) ont subi des pressions psychologiques de la part des victimes (éthniquement toutes kirghizes), qui appelaient à punir les leaders ouzbeks, lesquels auraient selon eux eu l'audace de révolter contre les kirghizes les 12 et 13 juin sur le territoire du Kirghizstan.

On a surtout vu les témoins de la partie civile. Selon les avocats, les témoignages favorables aux accusés se heurtaient à des obstacles (menaces, agressions), ce qui a privé la défense de certains témoignages. Après leur audition, les témoins de la défense étaient la cible de menaces, d'insultes et de critiques. La police avait heureusement installé une barrière entre les victimes et les témoins, ce qui a permis le passage des derniers.

Les preuves et témoignages présentés par les avocats de la défense n'ont pas été pris en compte lors de la délibération, ce qui fait planer le doute sur l'équité du procès.

Ainsi, le procès en deuxième instance a eu lieu sans les témoins de la défense et sans preuves à décharge.

L'équité du procès n'a pas été garantie. Le but principal des juges, et des procureurs était d'en terminer avec le procès le plus vite possible.

Les avocats des accusés n'avaient pas de stratégie claire pour la défense de leurs clients, s'adaptant en permanence à la situation, au moment, aux circonstances dans le tribunal. Cela pourrait s'expliquer par leurs conditions de travail (agressions, menaces de mort à l'intention des familles des avocats).

Pour déterminer leur stratégie de défense, les avocats devaient disposer d'un droit de visite pour évoquer le déroulement des débats et déterminer la liste des témoins, pour recueillir des informations favorables aux accusés. Mais ils disent avoir été privés de cet accès à leurs clients.

Les avocats prenaient connaissance des déclarations de leurs clients uniquement au tribunal, lesquelles étaient différentes de celles des auditions menées au cours de l'enquête. Les procureurs, les juges exigeaient de préciser lesquelles de ces déclarations étaient authentiques.

Selon les avocats, leurs clients ont subi des tortures lors de l'enquête, aboutissant à la signature d'aveux «préparés à l'avance».

Les avocats avaient la possibilité de consulter leurs clients à travers les barreaux du box des accusés avant le début des audiences ou durant les pauses. C'était visiblement leur seul mode de communication possible.

Les membres de la famille de M. Sulaïmanov exprimaient leur mécontentement à chaque échange entre les accusés et leurs avocats, exigeaient qu'on les interdise, et les menaçaient en ricanant. Les procureurs devaient leur rappeller que la loi garantissait aux accusés le droit de consulter leurs avocats.

Comme indiqué plus haut, les avocats n'ont pu faire appel à tous les témoins de la défense. Certains ont présenté des déclarations écrites que les juges n'acceptaient qu'avec parcimonie et dont l'accusation exigeait des copies certifiées conformes.

La partie civile constestait systématiquement les déclarations des témoins (écrites et orales) en exigeant des copies certifiées.

Les juges, après avoir écouté les deux parties, ont pris connaissance de témoignages favorables aux accusés mais n'en ont visiblement pas tenu compte dans leurs délibérations.

La réunion de huit enquêtes en une une seule procédure judiciaire rendait difficile l'élaboration d'une stratégie de défense. Cinq des huits prévenus étaient inculpés pour l'organisation des émeutes de masse et du meurtre d'un répresentant des forces de l'ordre.

L'opinion publique et la famille de M. Sulaïmanov en particulier estimait que les huits accusés avaient commis le meurtre et qu'ils devaient être tous exécutés condamnés à perpétuité. Usmanov, l'un des avocat, estime, que la confusion des procédures constitue une faute grave dans cette affaire.

Les avocats des accusés n'ont pas eu recours à tous les dispositifs de défense prévus par la loi.

Recevabilité des preuves

Selon les avocats, les pièces à convictions ont été obtenues au mépris de la loi (perquisitions et saisies d'objets au sein de domiciles privés en l'absence des intéressés sans aucun respect de la procédure). Les victimes et les témoins se sont contredits lors de la procédure en appel. Des circonstances qui imposaient un complément d'enquête, duquel les juges se sont passés pour délibérer sans aucun examen complémentaire.

Recours a été fait à la torture pour extorquer des aveux aux accusés (étouffements à l'aide de sacs plastiques, passages à tabac...), ainsi qu'aux menaces et à la privation d'avocat. Les accusés ont été roués de coups pour passer aux aveux.

Les témoins de la défense ont été peu présents, à l'exception notable de deux témoins lors de la dernière audience du tribunal (10 octobre). Aucune preuve directe de l'implication des accusés dans les crimes jugés n'a été présentée.

Citons l'exemple des éléments impliquant A. Askarov. Les témoignages recueillis par les policiers de Bazar-Korghon étaient basés sur des soupçons et des suppositions. Depuis quelques temps, ils étaient en conflit avec A. Askarov, qui les avait accusés de tortures, de coups montés, etc.

Ces témoignages citaient A. Askarov au nombre des organisateurs des émeutes de masse, l'accusaient d'avoir incité la communauté ouzbek à se révolter contre les kirghizes, d'avoir ordonné le meurtre du chef de la police de Bazar-Korghon, d'avoir séquestré les policiers présents sur le pont et le maire de Bazar-Korghon près de la frontière ouzbek (village de Tchek)

Ces témoignages mis à part, les policiers ont saisi chez A. Askarov 10 cartouches et des publications du groupe Hizb ut-Tahrir, dont le contenu inciterait à la haine interethnique, selon une «analyse théologique".

L'enquête est dans le même temps silencieuse concernant certaines personnes impliquées dans les événements du 12 et 13 juin. Les agissements du chef du ROVD (un service de police) de Bazar-Korghon, qui avait ordonné aux policiers de rendre leurs armes avant de se rendre sur le pont Kara-Unkur pour y mettre de l'ordre, auraient du être examinés pour évaluer le degré de négligence qui a abouti à la mort d'un policier et aux blessures de 16 autres.

Les témoins principaux n'ont pas été sollicités au cours de l'enquête. Ismail Asakov, ministre de la défense du gouvernement provisoire, Aziza Abdurasulova, dirigeant de Kilim Shami, Kasimova Ugulai, avocat de l'un des accusés et témoin d'agressions contre les accusés au cours de l'enquête. Les témoins qui auraient dû assister aux perquisition ne sont pas présentés non plus afin de témoigner de la légitimité des procédures de perquisition.

Se basant sur les éléments ci-dessus, la défense estime que la culpabilité des accusés n'est pas prouvée. Il n'y a aucune preuve directe de l'implication des accusés dans les événements du 12-13 juin 2010.

Les preuves présentées (aveux des accusés, des pièces à conviction) ont été obtenu par des moyens illégaux (tortures, menaces, violation des procédures prévues pour es perquisitions, etc.)

La partie civile estime que toutes les preuves de culpabilité des accusés ont été réunies. Elle estime que ces preuves sont exhaustives et ne nécéssitent pas d'examen complémentaire.

Infractions lors des interpellations et de l'enquête

Les arrestations et les perquisitions ont été menées en dehors de tout cadre légal. Selon les avocats, les représentants des forces de l'ordre ont empêché A. Askarov voir ses avocats. N. Tokhtakunov a relevé sur A. Askarov d'importantes ecchymoses. J. Torozanova, à la tête des enquêteurs, a ajourné la demande de N. Tokhtakunov de pratiquer une expertise, déclarant que toutes les démarches nécéssaires avaient déjà été réalisées et n'avaient révélé aucune marque sur A. Askarov...

Selon les collègues et la famille d'A. Askarov, ce dernier a subi un traitement inhumain au cours des interrogatoires. A. Askarov aurait été tabassé pendant quatre jours après son arrestation, d'où les ecchymoses relevées par N. Tokhtakunov lors de leur enretien le 22 juin 2010.

Les collègues d'A. Askarov affirment que ce dernier s'est vu refuser l'accès aux textes juridiques (Code Pénal) et n'a pu se faire remettre les lunettes apportés par ses collègues lors de sa garde à vue. Les répresentants des forces de l'ordre n'ont pas commenté ce refus.

A. Askarov et d'autres inculpés n'ont eu qu'un accès limité à l'aide médicale nécéssaire lors de leur garde à vue. Les familles, les collègues, les avocats n'ont pas eu d'autorisation de visite pour A. Askarov. Toutes leurs démarches ont fait l'objet d'agressions, de menaces de la part des groupes organisés qui comptaient en leur sein des membres de la famille du policier défunt, M. Sulaïmanov.

Des foules hostiles exigeaient des avocats d'abandonner la défense d'A. Askarov en les menaçant.

Selon les collègues d'A. Askarov, le 21 juillet à 15h, des membres de famille de M. Sulaïmanov ont pénétré dans les locaux du ROVD à Bazar-Korghon et, sous les yeux des policiers, ont tabassé Turdukhon Askarova, belle-soeur d'A. Askarov. Selon N. Tokhtakunov, l'adjoint du procureur de Bazar-Korghon serait impliqué dans cette affaire.

Toujours selon N. Tokhtakunov, les policiers assistaient aux agressions en silence. Ces faits et une telle attitude de la part des policiers témoignent de l'allégeance des forces de l'ordre aux leaders radicaux de Bazar-Korghon.

Les perquisitions menées chez A. Askarov ne répondaient pas aux normes prévues par la loi kirghize. Le 15 juin, des policiers ont enfoncé les portes de la maison d'A. Askarov, ont tiré en l'air (l'épouse d'A. Askarov avait refusé d'ouvrir la porte en l'absence de son mari), et ils ont mené la perquisition, munis d'un mandat du procureur, en présence de témoins. Le frère d'A. Askarov a essuyé des coups lors de la perquisition, simplement parce qu'il ignorait où se trouvaient des enregistrements vidéo. Une deuxième perquisition s'est tenue le 17 juin pour retrouver ces enregistrements.

Selon les autorités, les perquisitions menées chez A.Askarov étaient conformes à la procédure légale. 10 cartouches et des entregistrements vidéo de Hizb ut-Tahrir ont été saisis au domicile d'A. Askarov.

Selon les avocats, Nurgazi Alimbaev, à la tête des juges lors du premier procès, était convaincu de la culpabilité des accusés, et n'a offert aucune garantie d'impartialité, soutenant la partie civile en faisant ouvertement pression sur les avocats de la défense.

Les juges, la partie civile, les policiers ont régulièrement laissé les familles du policier défunt, M. Sulaïmanov, menacer les avocats, les accusés et leurs témoins lors des audiences, portant atteinte à leur dignité, moquant leur métier et leur appartenance éthnique, incitant à les tuer.

Les familles des accusés se sont vu refuser l'accès aux salles d'audition au tribunal.

En première instance, les accusés et leurs avocats n'ont pas eu la possibilité de se défendre. A chaque fois qu'ils tentaient de s'exprimer, ils se heurtaient à des menaces, à des injures et même à des agressions physiques venant de la salle. En dehors des locaux ils ne se sentaient pas à l'abri non plus, en permanence exposés à la menace. La sécurité des avocats et des accusés n'était pas garantie. Les avocats en étaient à se demander s'il était opportun d'assurer ces défenses.

Les avocats estiment qu'en première instance, l'affaire était réglée d'avance et que le juge n'a fait que préserver les apparences. L'état des accusés (ecchymoses, traces de coups) est passé inaperçu lors des audiences au tribunal pour les procureurs et pour les juges, alors que ces derniers ont obligation de rapporter toute trace de traitement indigne avant même le début des procédures.

Les accusés n'ont pas disposé d'un accès suffisant à leurs témoins et défenseurs et les verdicts en première tant qu'en seconde instance ont été prononcés au mépris de la loi.

Les conclusions

Le faible niveau des connaissances juridiques des acteurs des procès (familles des victimes, des accusés) n'a pas permis le bon déroulement des procédures. Les victimes, par exemple, protestaient systématiquement contre toute inititiave prise par la défense, qui que soit l'accusé, quel que soit le crime. Les accusés ont subi des tortures et sont passés aux aveux sans connaître leurs droits et sans que ceux-ci puissent être défendus.

Lors des audiences, les accusés parlaient sous la pression des procureurs et des juges, et les avocats ne donnaient aux avocats aucune possibilité d'intervenir. Les familles des victimes intervenaient en permanence lors des auditions, exerçant des pressions sur les juges pour faire condamner les accusés à des peines maximales.

L'ambiance en salle d'audience était assez tendue, la haine interethnique entre les communautés kirghize et ouzbek était palpable. Toute prise de parole dans une langue autre que kirghize était accompagnée de critiques et de commentaires du genre «Nous somme au Kirghizstan ! Tout le monde doit parler kirghize ! Etc...)

Les juges, les procureurs appliquent leurs règles pour examiner les affaires en donnant aux procédures une apparence de légitimité. Les traités internationaux, les Droits de l'Hommes ne constituent pour eux que des définitions abstraites éloignées de la réalité.






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