24 avril 2017








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International Crisis Group : les infrastructures des pays d'Asie Centrale se dégradent lentement mais sûrement

17.02.2011 15:27 msk

Ferghana




Les infrastructures des pays d'Asie Centrale se dégradent lentement mais sûrement : l'état des routes, des centrales électriques, des hôpitaux et des écoles construits à l'époque soviétique se dégrade et la dernière génération des spécialistes soviétiques qui garantissait leur bon fonctionnement disparaît progressivement. Les régimes locaux qui sont arrivés au pouvoir après le retour de l'indépendance ont peu fait pour préserver ou améliorer les infrastructures et les moyens qui ont été octroyés à cette fin ont été absorbés par la corruption. C'est le contenu du rapport intitulé L'Asie Centrale: la déliquescence et le déclin (Central Asia: Decay and Decline) rendu par l'International Crisis Group (ICG) le 3 février 2011.

Selon les auteurs du rapport, le Tadjikistan et le Kirghizstan se trouvent dans la situation la plus difficile. Les habitants de ces pays se plaignent du fait que dans les années à venir il n'y aura plus personne pour soigner et éduquer leurs enfants. Dans les villages du Tadjikistan, que l'électricité coupe 10 à 12 par jour est devenu banal. Des coupures qui font également partie du quotidien au Kirghizstan.

«Il n'y aura plus de professeurs dans cinq à dix ans, plus de médecins dans les hôpitaux, et les coupures d'éléctricité deviendront habituelles», estime le directeur d'ICG pour l'Asie Centrale. «Il reste très peu de temps pour les réformes. La réduction à venir des services publics aggravera la tension sociale dans une région déja instable, ce qui pourrait augmenter le risque d'un nouveau conflit», continue-t-il.

Selon les previsions des experts, ces pays sont au bord du gouffre, notamment dans le secteur de l'énergie. Dans les écoles, les hôpitaux, les entreprises, les spécialistes expérimentés laissent de plus en plus la place à du personnel dont les qualifications laissent à désirer. Ces problèmes ne font que s'accentuer avec des facteurs politiques défavorables : hausse des mouvements radicaux au Tadjikistan, affaiblissement du pouvoir central au Kirghizstan.

L'Ouzbekistan et le Turkmenistan suivent la même voie sans que l'on connaisse leur situation exacte. L'information est censurée et les déclarations officielles des dirigeants n'ont rien à voir avec la réalité. Les facades en marbre des hôpitaux duen Turkmenistan et les rapports mensongers de l'Ouzbekistan évoquant la prospérité du pays ne signifient pas que les problèmes de ces pays sont réglés. Même pour le Kazakhstan, le seul pays de la région qui ne soit pas dysfonctionnel, la dégradation des infrastructures va constituer un enjeu majeur, notamment en ce qui concerne le réseau routier et la formation des cadres techniques. Les auteurs du rapport d'ICG estiment ainsi que les rêves de diversification et de modernisation de l'économie doivent être reportés sine die.

Les raisons d'une telle situation dans ces pays sont nombreuses. A l'époque soviétique, ces pays ont été étroitement liés à un système centralisé, surtout dans le domaine de l'énergie et du transport. Cette interdépendance a inévitablement mené au déséquilibre des forces après l'éclatement de l'URSS. Il est difficile de se passer l'un de l'autre, notamment en ce qui concerne l'énergie.

L'éducation et le système de santé ont souffert de la destruction du système de sécurité sociale. Les gouvernements des pays de la région ont semble-t-il cru que l'héritage soviétique serait éternel et destiné aux réformes, aux secteurs de l'éducation et au secteur technique des moyens insuffisants, utilisant leurs budgets de manière inappropriée, notent les auteurs du rapport d'ICG.

Les conséquences d'une telle désinvolture sont trop lourdes pour être ignorées. La détérioration rapide de l'état des infrastructures va aggraver la pauvreté de la population et son isolement des pouvoirs. La disparition des principaux services va renforcer les positions des groupes radicaux islamistes qui représentent déja une menace sérieuse pour les pays d'Asie Centrale, s'armant contre les leaders régionaux et créant d'influents réseaux de soutien. Le développement de l'économie et la réduction de la pauvreté deviendront un rêve, les états les plus pauvres devenant de plus en plus dépendants de l'export de main d'oeuvre. Les chercheurs de l'ICG rappellent que le mécontentement de la population à propos du coût de la vie a joué un rôle important dans les émeutes d'avril 2010 qui ont entraîné le renversement du président Kurmanbek Bakiev. Dans un avenir proche, ce facteur pourrait jouer un rôle similaire dans d'autres pays, en particulier au Tadjikistan. De plus, il ne faut pas oublier l'instabilité en Afghanistan qui pourrait avoir un impact négatif sur les pays voisins.

Les problèmes sont évidents, les besoins sont patents, mais la dégradation des infrastructures subsiste. Le principal problème réside dans l'absence de volonté de la part des élites dirigeantes d'Asie Centrale de prendre rapidement les décisions qui s'imposent. Elles doivent éradiquer la corruption systématique, et cesser de considérer les ressources de leurs pays comme des moyens d'enrichir leurs familles. Elles doivent encourager la méritocratie en garantissant des salaires honorables à leurs fonctionnaires, leur épargnant la tentation de pratiquer l'extorsion pour joindre les deux bouts. Tous ces changements sont si éloignés de la réalité que les gouvernements étrangers et les donateurs pourraient les considérer comme utopistes. Néanmoins, il existe un véritable risque de chaos si les mentalités ne changent pas au sein des milieux dirigeants.

Les donateurs ne font rien pour empêcher un tel scénario. Leur prudence s'explique par la volonté de ne pas contrarier les leaders locaux, à l'opposé de toute volonté de mettre en place de vrais changements à l'aide de leurs moyens financiers. Une aide souvent employée à la réalisation de plans limités dans le temps, comme des plans annuels, ou pour atteindre un but géopolitique. Les partenaires extérieurs ne se bousculent pas pour créer un front uni pour de vraies réformes en Asie Centrale. Dans le même temps, la dégradation des infrastructures pourraient constituer un facteur majeur d'effondrement pour des régimes affaiblis, cause d'incertitude dans l'une des parties les plus fragiles du monde.

Les donateurs doivent évoluer et repenser leur approche concernant l'attribution d'aides dans la région, pour faire comprendre au reste du monde que des problèmes internes minent les pays d'Asie Centrale. Une démarche qui nécessiterait le soutien de la communauté internationale, de la part des Etats-Unis, de l'Union Européen, de la Russie, ou de la Chine notamment. Ils doivent réaliser que leur patience peut être source d'autres problèmes, parmi lesquelles leur plus grande hantise: l'aggravation de la pauvreté au sein de la population locale, l'instabilité, l'intégrisme, le chaos. Mais ce n'est pas pour l'instant le chemin qu'ils prennent. Seuls les efforts concertés des gouvernements, des donateurs et de la communauté internationale pour la modernisation des infrastructure d'Asie Centrale pourraient empêcher le chaos dans cette région.

Les chercheurs d'ICG ont émis une série de recommandations pour les gouvernements d'Asie Centrale :

1. Elaborer et mettre en place un plan détaillé sur le long terme pour l'éradication de la corruption, en se basant sur les exemples de pays où de tels plan ont connu le succès, comme les pays baltes ou la Géorgie.

2. Mettre en oeuvre un dispositif pour retenir la main d'oeuvre à l'intérieur des pays et la rétribuer à la hauteur de son travail, permettre d'associer travail et études, maintenir les avantages sociaux (retraites, assurances complémentaires, allocations aux personnes dépendantes)...

3. Améliorer la formation des fonctionnaires de l'administration locale.

4. Cesser de tirer parti des professeurs et des médecins pour des motifs électoraux et leur garantir les avantages sociaux.

5. Mettre en place des réformes concrètes concernant toutes les infrastructures, mener des recherches systématiques sur le niveau de dégradation et sur les ressources nécessaires à la modernisation. Il est nécessaire d'informer l'opinion publique des résultats de ces recherches et d'engager des débats publics avec la participation d'experts locaux, des média, des donateurs.

6. Elaborer une stratégie de réforme, définir des buts à atteindre et des délais tout en apportant l'aide financière nécessaire.

Les donateurs doivent réaliser que la stabilité et la sécurité en Asie Centrale sont primordiaux pour toute la communauté internationale. Ils doivent mettre en place des programmes d'aide bilatéraux conformes aux normes internationales, coordonner les programmes d'aide et consulter régulièrement les autres donateurs pour influer sur les réformes dans cette région.

Le texte complet du rapport d'ICG l'Asie Centrale: déliquescence et déclin est ici (en anglais).



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