27 février 2017








Les actualités de l’Asie Centrale

Les citoyennes d'Ouzbekistan, pour quitter leur pays doivent s'engager par écrit à ne pas se livrer à la prostitution

25.02.2011 21:04 msk

A. Benoit




La prostitution de femmes fuyant l'Ouzbekistan aurait pris une telle ampleur que les autorités locales exigeraient désormais de toutes femme âgée de 18 à 35 ans qui projeterait à de se rendre à l'étranger de s'engager par écrit à ne pas se livrer à la prostitution à l'étranger et de ne pas se soumettre à l'esclavage. Des faits rapportés à «Ferghana.ru» par des femmes qui effectuaient des démarches pour obtenir leur autorisation de sortie auprès de l'OVIR (organisme de délivrance de visas et d'autorisations de sortie en Ouzbekistan).

Je me suis rendu dans plusieurs bureaux de l'OVIR à Tahskent pour en apprendre d'avantage sur les textes officiels qui motiveraient cette décision et sur les conditions et pièces justificatives demandées aux femmes pour l'obtention d'une autorisation de sortie.

J'ai appris que toute femme doit être en possession d'un certificat spécifique délivré par son garant, son époux ou l'un de ses parents, engageant cette personne à l'accompagner à l'étranger et à ramener en Ouzbekistan la citoyenne concernée, la rendant responsable de sa décence à l'étranger.

«Sans l'invitation d'un membre de sa famille ou d'une connaissance dans le pays de destination, sans invitation pour motif professionnel ou scolaire, elle doit être accompagnée. La démarche reste formelle: la femme n'a pas à s'acquitter des frais de voyage d'une tierce personne, n'est pas obligée d'être accompagnée. Les garants ne font que s'engager pour elle», explique une employée de l'OVIR. Cette mesure ne concerne pas les hommes et ne s'adresse qu'aux jeunes filles, afin pour lutter contre le trafic d'êtres humains et contre la prostitution», ajoute-t-elle.

Aucun arrêté de ce genre sur les mursde l'OVIR. Tous les citoyens qui s'apprêtaient à quitter le pays étaient au fait de cette messure, entrée en vigueur début 2011. A ma demande de me faire communiquer le texte de loi évoquant la nécessité de disposer d'un garant, les employés de l'OVIR ont réagi avec nervosité, parlant d'un ordre émanant d'en «haut» d'un auteur inconnu sous une forme purement orale. Selon eux, le Ministère des Affaires Intérieures pourrait être à l'origine de cette mesure puisqu'elle concerne la lutte contre la prostitution.

Cette dissimulation de la part des employés de l'OVIR a tout de même une explication. Si un tel texte de loi existe réellement, il viole le 28ème article de la Constitution de l'Ouzbekistan, qui garantit aux citoyens le droit de sortir et d'entrer librement sur le territoire. Une droit auquel aucun fonctionnaire ne peut faire obstacle.

Dans le même temps, il s'est averé que la sévérité de cette mesure ne s'appliquait qu'aux femmes qui venaient de l'exterieur de Tashkent, lesquelles seraient plus dignes de confiance. Il ne leur est pas demandé de présenter un garant, mais il leur suffit d'écrire ce qui suit : «Moi, Nom, prénom, patronyme, citoyenne de l'Ouzbekistan, née en 19..., déclare avoir pris connaissance des faits relatifs au trafic d'être humain et à la prostitution. En quittant mon pays, je m'engage à ne pas me prostituer et à ne pas me soumettre à l'esclavage».

«Une consigne dépourvue de sens! Quel effet pourrait-elle avoir? Les prostituées vont-elles changer d'avis, et cesser de vendre leurs corps? D'autres mesures s'imposent : publier des articles dans les média, mettre en place des débats dans les établissements scolaires, et peut-être même fournir du travail aux femmes. Pensez-vous que leur vie sera meilleure ailleurs?», note l'une des visitrices de l'OVIR.

J'ai rencontré quelques sportifs, des lutteurs qui attendaient leurs documents à l'OVIR. Ils m'ont confirmé avoir été confrontés à de telles exigences il y a plusieurs années de celà. L'OVIR, à l'époque, faisait obstacle aux femmes entraîneurs de lutte pour participer aux compétitions en Thailande et leur refusaient leur autorisation de sortie sans raison officielle. Tout juste leur faisait-on comprendre que la Thaïlande était un pays où le tourisme sexuel était très développé, et que personne n'avait la garantie que ces femmes n'y allaient pour gagner de l'argent avec leur corps».

L'une de nos interlocutrices, étudiante à Tashkent, nous a raconté qu'en janvier, elle avait du renoncer à obtenir un visa pour Dubai, ne pouvant obtenir une autorisation de sortie. «J'ai moi aussi été confrontée à de tels problèmes. J'ai déposé une demande d'autorisation mais on me l'a refusée. Il fallait présenter l'invitation d'un membre de la famille ou d'une connaissance à Dubai, que je n'ai obtenue qu'ensuite. On dit qu'il vaut mieux ne pas aller dans les pays musulmans. De chez nous ne viendraient que des marchands et des prostituées», dit la jeune fille.

On ignore encore quelles peines seront infligées aux «accompagnateurs» de femmes en cas de leur chute. Les «garants» feraient mieux de jouer l'ignorance. Dans le cas contraire ils pourraient faire l'objet d'accusations de proxénitisme, de complicité de trafic d'esclavage».

Le nombre des migrants qui quittent l'Ouzbekistan pour des raisons professionnelles augmente d'année en année. Il est devenu banal que les jeunes, à leur majorité, partent pour la Russie, le Kazakhstan ou d'autres pays, où il existe une forte demande de main-d'oeuvre pour des travaux réputés pénibles, qui ne le sont pas tant au regard des standards ouzbeks. La destruction des repères moraux, l'absence de la sécurité pour les femmes, font qu'elles sont prêtes à tout pour faire vivre leurs familles. Certaines, de leur plein gré, partent pour des pays où le tourisme sexuel est notoirement développé. Celles qui décident d'y aller pour des motifs purement touristiques risquent, en rentrant chez elles, d'attirer sur elles la rumeur.

De discrètes statistiques criminelles témoignent de la hausse de la prostitution parmi les ouzbeks. Selon ces statistiques sur le «proxénétisme et l'organisation de maisons closes» (art. 131 du Code pénal) 1202 condamnations ont été prononcées en 2007, 1316 en 2008, ce qui fait une hausse de 9,5%.

Probablement la partie visible de l'iceberg. Les employés des aéroports ouzbeks interpellent régulièrement des jeunes femmes qui partent seules ou en petit groupe en Turquie, aux Emirats Arabes Unis, en Corée du Sud, en Indonésie. Cette information nous a été confirmée par une employée de l'OVIR. «Les policiers ramènent très souvent de l'aéroport des groupes de filles. Ils les guettent, les interpellent. Est-ce un vrai moyen de lutte? Difficile de répondre».

En conclusion, on peut ajouter que selon les données russes, 993 millions de dollars ont été transférés de la Russie vers l'Ouzbekistan en 2010, 669 millions de dollars en 2009. Il est évident que l'économie du pays se base en grande partie sur l'argent envoyé de l'étranger par les migrants. On peut supposer qu'une partie de cette argent est gagnée honnêtement... une autre moins.

Alexandre Benoit, Ouzbekistan, Tashkent



Publicité

Statistiques, notations



L'avis des auteurs peut ne pas correspondre aux points de vue des rédacteurs.

La rédaction examine toutes les propositions de publication des articles mais se réserve le droit de ne pas entrer en contact avec les auteurs.

ICQ 445573571

© D.Kislov, Ferghana.Ru, 1999-2014