27 février 2017








Les actualités de l’Asie Centrale

L'Asie Centrale vue par le journaliste Igor Rotar

27.04.2011 23:07 msk

Igor Rotar




Vivant aux Etats-Unis pour raisons professionnelles, je suis souvent confronté aux multiples questions d'Américains et de Russes sur l'Asie Centrale, où j'ai vécu assez longtemps et sur laquelle j'ai beaucoup écrit. J'ai fini par rédiger une sorte d'essai basé sur mon expérience, s'adressant en premier lieu à ceux qui souhaitent en apprendre davantage sur une Asie Centrale qui traverse aujourd'hui une difficile transition entre son passé soviétique et un avenir incertain qui ne fait que se dessiner.

L'Asie Centrale est une vaste région qui compte plus de 50 millions d'habitants. Un subcontinent dont la nature est variée. Les monts Tian Shan et Pamir (les plus hauts du Monde en dehors des Himalayas) voisinent avec steppes et déserts étendus, avec la taïga même dans le nord-ouest du Kazakhstan, zone frontalière de la Russie. Selon beaucoup de géographes, le Kazakhstan et le nord du Kirghizstan ne sont rien d'autre que la continuité de la Sibérie et de la Mongolie, et la «vraie» Asie Centrale est à chercher au sud des Tian Shan. C'est là que se perpétuent les villes de Boukhara, Samarkand et Khiva, foyers d'une importante civilisation islamique.

Le journaliste Igor Rotar a traversé illégalement la rivière Amudaria dans les années 90 pour entrer en Afghanistan depuis le Tadjkiistan
Le journaliste Igor Rotar a traversé illégalement la rivière Amudaria dans les années 90 pour entrer en Afghanistan depuis le Tadjkiistan

Cette région a aujourd'hui peu en commun avec la Russie. Ce pays autrefois soviétique rappelle de plus en plus l'Afghanistan voisin et de moins en moins la métropole.

Produit en Russie!

«Emploi à Moscou», - de telles annonces sont bien en vue sur tous les marchés de Tashkent. Les marchands ne manquent pas dire: «Achetez! Ca vient de Russie!»

L'Asie Centrale doit être le seul endroit du monde où de nos jours, le passeport russe est l'objet de convoitise et inspire le respect. Un «vrai» pays étranger est un rêve irréalisable pour les habitants du pays. Près de 90% des demandes de visa auprès des ambassades sont rejetées. Travailler à Moscou ou au moins dans une ville de Russie est gage de réussite pour un ressortissant d'Asie Centrale. Les sociétés qui proposent des emplois en Russie font florès au Kirghizstan et au Tadjikistan. On en voit le résultat: la quasi-totalité des agents d'entretien de Moscou sont d'origine tadjik ou kirghize.

L'Asie Centrale rappelle de moins en moins la période soviétique et  ressemble parfois à l'Afghanistan
L'Asie Centrale rappelle de moins en moins la période soviétique et ressemble parfois à l'Afghanistan

Moscou à la mode kazakh

D'ailleurs, l'Asie Centrale abrite un pays qui ne courbe pas l'échine devant Moscou. Les ressources pétrolières du Kazakhstan permettent aux habitants de ce pays de traiter la Russie comme un simple rival. On en croirait que les habitants d'Almaty copient le style de vie des moscovites. Les mêmes bouchons dans les rues, la même abondance des voitures de luxe, les mêmes jeunes au crâne rasé avec des vestes en cuir. Même les media locaux semblent imiter ceux de Moscou: on y trouve la version locale du journal Moskovskii komsomolez.

L'Asie Centrale: exotisme et pauvreté
L'Asie Centrale: exotisme et pauvreté

Et Pouchkine?

Près de six millions de Russes vivraient en Asie Centrale. Ces gens se retrouvent aujourd'hui coupés de leur pays d'origine. Le coût des billets d'avion de l'Asie Centrale à destination de Moscou s'élèverait à 500 dollars. Cela represente une grosse somme pour le niveau de vie local . Le salaire moyen dans les pays d'Asie Centrale, à l'exception du Kazakhstan est moins de 100 dollars.


La vie dans ces pays est d'ailleurs chaque jour plus dure. Les Russes réalisent qu'ils habitent désormais des pays étrangers parfois hostiles à la Russie.

Au Tadjikistan et au Kirghizstan pourtant, on essaie au moins de préserver l'héritage culturel russe alors qu'en Ouzbekistan et en Turkmenistan, on mène une politique opposée.

Par exemple, tous les monuments érigés en l'honneur d'écrivains russes, à l'exception notable de celles de Pouchkine, sont déboulonnées en Ouzbekistan. Ce qui crée parfois des situations rocambolesques. Nukus, capitale de la région autonome du Karakalpakistan en Ouzbekistan abritait à l'époque soviétique un monument rendant hommage à l'amitié entre les deux peuples. Des statues de filles karakalpaks et russes incarnaient cette amitié. Mais, les pouvoirs ouzbeks ont jugé nécessaire de revoir cette répresentation. La statue de la fille slave a été déboulonnée, mais la trace de sa main posée sur l'épaule de la fille karakalpak subsiste. Les manuels édités à l'époque soviétique, y compris de sciences exactes, ont été saisis. Ce sont parfois même les enseignants qui auraient obligé les enfants à brûler les livres «à l'idéologie poussiéreuse».

Nukus. Le monument en hommage à l'amitié russo-kalpak après sa «révision»
Nukus. Le monument en hommage à l'amitié russo-kalpak après sa «révision»

Si le russe garde toujours son statut de langue internationale dans les capitales d'Asie Centrale, il est plus difficile de le pratiquer dans les provinces. La plupart des jeunes ne parlent plus russe. Beaucoup ne connaissent même pas le nom de Pouchkine, ni même l'existence d'un pays nommé URSS par le passé. Tous ne sont pas capables de citer la capitale de la Russie.

«Nous nous sentons étrangers ici. Si autrefois la vie était ici la même qu'en Russie, elle a changé aujourd'hui. Les fêtes, les livres, l'interprétation de l'histoire, tout est différent» me disaient les russes d'Asie Centrale.

La vie des Russes d'Asie Centrale est si différente de celle qu'ils pourraient mener en Russie qu'ils sont devenus «d'autres russes». Les russes d'Asie Centrale sont très vite reperés en Russie.

Celà dit, la langue russe est toujours parlée dans les villes du Kirghizstan et du Kazakhstan.

Sous une yourte kirghize
Sous une yourte kirghize

Mais les Russes du Kazakhstan doivent également faire face à certains problèmes. Ils travaillent dans les sciences ou le monde des affaires, mais les postes de haut fonctionnaires ne sont pas si faciles d'accès.De fait, si un habitant du Kazakstan a le moindre ancêtre d'ethnie kazakh , c'est ce qu'il écrira dans la case «ethnie» du passeport. Beaucoup de slaves sont d'ethnie kazakh si l'on s'en tient à leur passeport.

Dans les montagnes kirghizes
Dans les montagnes kirghizes

Dans les montagnes kirghizes
Dans les montagnes kirghizes

Retour au Moyen Age

La pauvreté en Asie Centrale fait lentement retourner la région au Moyen Age. Les villages ne vivent que de l'agriculture. On y travaille la terre comme alors, avec des boeufs, et le blé est moulu dans des moulins à eau. Ou bien on dispose les épis sur la routes et on attend que les voitures s'en occupent. Si les ouzbeks et les tadjiks vivent de l'agriculture, les kirghizes vivent de l'élevage du bétail. Tous les ans, d'avril à la mi-novembre, les kirghizes pratiquent la transumance.

Dans les montagnes kirghizes
Dans les montagnes kirghizes

Un nouveau califat?

A l'époque soviétique, la vie en Asie Centrale n'était pas différente du reste de l'URSS. Les hommes buvaient de l'alcool, les femmes s'habillaient librement. Les choses ont changé après l'éclatement de l'URSS. On pourrait dire sans exagérer que l'Islam a le vent en poupe en Asie Centrale. Il y a encore quelques années, dans la Vallée de Ferghana, on ne voyait pas de femmes en tenue musulmane. Aujourd'hui, c'est une sur trois.

Les mariages musulmans sont de plus en plus répandus. Hommes et femmes se tiennent dans des pièces différentes, alcool et musique forte sont interdits. Ouzbeks et Tadjiks sont beaucoup plus pratiquants que les peuples nomades: Kazakhs, Kirghizes, Turkmènes.

Plusieurs organisations islamistes prônent la création d'un état islamique dans la région.

Les membres de l'organisation internationale islamique missionnaire Tablighi djamaat dans une mosquée du Kirghizstan
Les membres de l'organisation internationale islamique missionnaire Tablighi djamaat dans une mosquée du Kirghizstan

On pourrait ajouter qu'au Tadjikistan, lors de la guerre civile, il existait déja une sorte d'état islamique. Les islamistes avaient réussi à repousser l'armée nationale hors de la vallée de Karategin et instauré un régime islamique très vérulent. L'apparence même des islamistes qui descendaient dans la vallée effrayait les villageois: les hommes portaient de très longues barbes et de longs cheveux. Les femmes devaient porter le hidjab, la vente de boissons alcoolisées et de cigarettes était interdite. Les contrevenants étaient torturés et roués de coups dans les mosquées.

Il ne faut pas pour autant exagérer le risque de création d'un état islamique en Asie Centrale. Le cas de Karategin est isolé au Tadjikistan. La population y est beaucoup plus pratiquante que dans d'autres régions d'Asie Centrale, où la population est en général plus laïque qu'en Afghanistan, au Pakistan ou au Xinjang, en Chine, où les communistes sont arrivés au pouvoir trente ans plus tard qu'en Asie Centrale. Il ne faut pas oublier la propagande athée des années soviétiques. Le retour actuel à la pratique islamique n'a pas radicalement changé la donne.

Pour autant, un virage islamique peut intervenir dans un environnement chaotique. Les Tchetchènes, par exemple, ne sont pas plus pratiquants que les Ouzbeks ou les Tadjiks. Mais la République Tchétchène, qui fait partie intégrante de la Fédération de Russie vit aujourd'hui en partie selon la charia.

L'avenir des enfants d'Asie Centrale est incertain
L'avenir des enfants d'Asie Centrale est incertain

La composante afghane

La situation est encore complexifiée par le fait que des mercenaires du MIO (Mouvement islamique d'Ouzbékistan) commencent à entrer au Tadjikistan par les régions frontalières de l'Afghanistan.

«J'ai rencontré des mercenaires du MIO et j'ai été étonné par leur niveau d'armement comparé à celui des talibans d'Afghanistan. Les mercenaires disposent d'armes récentes, d'un équipement moderne» m'a confié Matine Safaz, journaliste afghan, ajoutant que l'âge moyen des mercenaires était de trente ans. La plupart de mercenaires du MIO sont partis vers l'Afghanistan il y a plus de dix ans, et de nouveaux membres continueraient à affluer.

«Les Ouzbeks et les Tadjiks qui font la guerre aujourd'hui au Tadjikistan ne ressemblent pas du tout à ceux qui s'y battaient autrefois», selon une employée d'organisation internationale de Kunduz, qui a préféré garder l'anonymat. Une toute nouvelle génération a grandi, qui n'a qu'une seule obsession : le djihad. Ils sont bien plus radicaux que leurs prédecesseurs.

Selon Abdul Karim, adjoint au département de la Défense Nationale d'Afghanistan dans la province de Kunduz, les groupes criminels sont en contact des deux côtés de la frontière. Les échanges de drogues afghanes contre armes tadjiks sont monnaie courante le long de la frontière entre les deux pays. Une situation qui irait aujourd'hui en s'aggravant.

Des mercenaires du Mouvement islamique d'Ouzbekistan, dans la province de Kunduz en Afghanistan. Photo prise en 2009 par Matine Safaz
Des mercenaires du Mouvement islamique d'Ouzbekistan, dans la province de Kunduz en Afghanistan. Photo prise en 2009 par Matine Safaz

«Les agissements du Mouvement islamique d'Ouzbekistan sont contrôlés de l'étranger par une cellule d'Al-Qaïda» déclare Abdul Karim, ajoutant que «Takhir Uldash (un chef du MIO abattu récemment) avait sous ses ordres non seulement des Ouzbeks, mais aussi des Talibans d'origine étrangère: Tadjiks, Ouighours, Tchetchènes, Arabes. En ce moment, les Talibans tentent de bloquer les transports de marchandises de l'OTAN en provenance de l'Asie Centrale. Je pensse que le MIO est une unité d'élite d'Al-Qaïda qui combattra aussi ailleurs qu'en Afghanistan. Leur concentration serait déjà forte le long de la Piandj, la rivière qui marque frontière du Tadjikistan».

Des navires dans le désert

La ville ouzbek de Mouinak est devenue le symbole de la tragédie de la mer d'Aral. Il y a encore trente ans, cette ville était un port de pêche florissant. Les habitants étaient fiers de leur plages, de l'abondance du poisson. «En à peine d'une heure on pouvait en pêcher tout un seau. Et la fraîcheur de l'eau de mer! Les stations balnéaires de la Mer Noire ne faisaient pas le poids», se souviennent les habitants.

Mais Mouinak est aujourd'hui à plus de 100 km de la mer d'Aral. Les traces de son passé maritime sont toujours visibles. Un blason frappé d'un poisson marque toujours l'entrée de la ville. Le monument aux héros de la Seconde Guerre Mondiale surplombe un ravin qui ne domine plus la mer mais le désert. Le plus impressionnant reste le vieux port de Mouinak, qui n'est plus qu'un cimetière de navires. Les bateaux rouillent au milieu du désert, entourés par des troupeaux de chèvres.

Des navires en plein désert
Des navires en plein désert

«Autrefois tous les habitants étaient pêcheurs. Naturellement, quand la mer s'est asséchée, ils ont tous perdu leur travail. La seule ressource aujourd'hui, ce sont les retraites qui ne s'élèvent qu'à quelques dollars. Aujourd'hui, une famille qui gagnerait vingt dollars serait considerée comme riche. Notre ville doit être la plus pauvre d'Ouzbekistan», me disent les habitants.

En arpentant la ville on tombe sur des ruines. La valeur d'une maison à Mouinak équivaut à celle des matériaux de base utilisés. Ici, on achète pour démolir et envoyer les matériaux ailleurs. Le port d'autrefois ressemble désormais à une ville fantôme : les rues sont désertes, les magasins fermés sont à moitié détruits, tout comme les salles de cinéma, la maison de la culture.

Mouinak n'est qu'une des villes où le lourd héritage de la tragédie d'Aral pèse visiblement. D'autres, en Ouzbekistan et au Kazakhstan, en portent toujours les marques.

Les villes-fantômes

Les ruines de villes construites à l'époque soviétique
Les ruines de villes construites à l'époque soviétique

Les anciennes côtes de la mer d'Aral ne sont pas les seules à abriter des villes fantômes. A la fin du XIX siècle, le Kremlin avait entrepris de mettre en valeur des régions réculées dans les montagnes d'Asie Centrale. Des digues et des mines ont été érigées dans les montagnes à des centaines de kilomètres des grandes villes. Des volontaires se sont précipités de toute l'Union Soviétique vers ces villes nouvelles emblématiques de la gloire de l'Union.

Des îlots russes se sont ainsi formés dans des régions montagneuses: Rogun, Nourek, Shurob, Tash-Kumir. Les nouveaux arrivants bénéficiaient de bons salaires, ces villes disposaient de salles de cinéma, de stades, de magasins qui n'avaient rien à envier à ceux de Moscou. La plupart sont désormais désertes.

En arrivant, on a l'impression que ces villes ont subi un bombardement. Tous les bâtiments sont en ruines, les gens sont mal habillés errent dans les rues avec l'air d'avoir perdu tout intérêt pour la vie. Des enseignes effacées indiquant «Cinéma», «Ecole», «Bibliothèque» témoignent qu'autrefois, il y eu de la vie.

La location appartement trois pièces coûte de 10 à 100 dollars, mais les habitants des vilages ne s'en soucient plus guère. Les maisons vides sont démolies, et les matériaux de construction partent pour d'autres villages. La plupart des habitant mène une vie miséreuse. Les gens vont de villages en village et troquent leurs effets personnels contre de la nourriture.

Fabrication de briques au Karakalpakistan
Fabrication de briques au Karakalpakistan

Le paradis des sacs à dos

Si vous rencontrez un homme barbu, sac au dos, dans des vêtements vétustes, dans une rue d'Asie Centrale, ne vous y trompez pas: il vient de l'étranger. C'est ce qu'on appelle des bacpackers à l'Ouest. Un genre particulier de touriste qui néglige le confort et est en quête d'aventure dans la nature sauvage. L'Asie Centrale les attire. Un conseil : allez du côté de l'Ouzbekistan ou du Kirghizstan.

En Ouzbekistan et au Tadjikistan il est possible de sentir pleinement l'authencité de la culture de cette région si différente de celle de la Russie. Inutile de rappeller l'excellence des saveurs des cuisines ouzbek et tadjik (quasi identiques). Le culte du repas est bien respecté dans ces pays, chaque rendez-vous d'affaire ou presque s'ouvrant par cette phrase: «Mangeons un peu». Si vous n'avez pas de chance et qu'on ne vous propose pas de manger, vous serez invité à prendre le thé, une cérémonie indispensable à toute converstation. Les tchaikhanas (salons de thé) sont partout, et tout habitant de l'Ouzbekistan ou du Tadjikistan s'y rend très souvent pour discuter de l'actualité avec un piala (un petit bol) de thé.

Les grains de blé attendent sur la route qu'on leur roule dessus
Les grains de blé attendent sur la route qu'on leur roule dessus

Si votre temps est limité, visitez l'Ouzbekistan. Ce pays qui abrite les villes les plus anciennes d'Asie Centrale: Boukhara, Samarkand et Khiva. Vous pourrez y visiter le majesteux désert de Kyzyl Koum, les ruines de forteresses anciennes perdues dans les sables, les cimetières des bateaux au fond de la mer d'Aral asséchée.

Nukus, la capitale du Karakalpakistan abrite l'un des plus grands musées d'art contemporain au monde, fondé par Igor Savitskii, ancien élève de l'Institut d'Art de Moscou, parti pour l'Asie Centrale en 1950. Loin du centre et des dirigeants politiques, amateur passionné d'avant-garde russe, Savitskii s'est mit à collectionner des oeuvres de tout l'URSS.

Musée Savitskii à Nukus
Musée Savitskii à Nukus

Après l'Ouzbekistan, le Kirghizstan est comme une autre planète. «Ca me rappelle plus la République de Buriatia que l'Asie Centrale» m'a confié une journaliste anglaise qui voyageait avec moi. En fait, il est difficile de retrouver l'authenticité orientale dans les villes kirghizes. C'est la nature du Kirghizstan qui mérite d'être visitée. On peut arpenter des semaines les montagnes vierges; descendre à fond de train en vélo les contreforts du Tian Shan, ou simplement partager les yourtes des bergers dans leurs pâturages des hautes-montagnes en savourant les plaisirs de l'équitation et d'une nourriture saine. On peut aussi se rendre au lac Issik-Koul, une autre «mer» d'Asie Centrale.

L'Asie Centrale est donc le lieu idéal à visiter pour les touristes pas trop exigeants. On y aime bien les touristes russes et on se souvient de la période soviétique avec nostalgie. «On vivait au paradis sans s'en rendre compte», disent les habitants de la région.

En guise d'épilogue

Hélas, les perspectives de la région sont peu avenantes. Les situations les plus graves étant celles du Tadjikistan et du Kirghizstan.

L'ombre d'une nouvelle guerre civile plane au Tadjikistan depuis deux ans, quand les premiers combats entre mercenaires islamistes et armée gouvernementale ont éclaté dans les régions montagneuses du sud-ouest du Tadjikistan. Depuis, les confrontations se sont multipliées. La question afghane ne fait que faire monter la pression.

Le moulin à eau
Le moulin à eau

Une blague assez répandue au Kirghizstan veut que les tour operators pourraient soumettre une telle annonce : «Vous voulez participer à une révolution? Pas de problème! Pour10000 dollars, nous réunissons assez de manifestants pour vous installer au palais présidentiel.» Une plaisanterie qui semble avoir un fond de vérité. Le renversement d'Akaev a créé un dangereux précédent. Aujourd'hui la prise du pouvoir par la force est un passage obligé pour les clans régionaux qui souhaitent accéder au pouvoir. Il n'est guère difficile de rassembler une foule de chômeurs affamés. Aujourd'hui, beaucoup d'habitants conçoivent toute transition politique comme une invitation au pillage. Les «révolutionnaires» peuvent aussi bien scander des slogans anti-russes qu'anti-sémites.

Sans parler du massacre des ouzbeks au sud du pays qui est resté impuni. Aujourd'hui le sentiment de revanche est bien ancré parmi les ouzbeks du sud du pays. Ajoutez à celà le risque de montée de l'islamisme (tout d'abord parmi les ouzbeks) et vous obtenez une situation bien tendue.

La situation n'est pas plus simple dans l'Ouzbekistan voisin. Pour l'instant, le président ouzbek arrive à contrôler la situation en étouffant toute vélléité d'opposition. Mais dans une aucune autre république d'Asie Centrale je n'ai rencontré un tel mécontentement des populations. Le niveau de vie est extrêmement bas ici, et la corruption a atteint une ampleur démesurée. Bien qu'Islam Karimov tente de réprimer l'opposition, il n'a pu éradiquer le noyau islamiste et le nombre des adeptes du califat ne faiblit pas. La république est une cocotte minute prête à exploser à tout moment. J'exagère sans doute, mais au Proche Orient et en Iran, les pouvoirs totalitaires n'ont-ils pas été fragilisés? La déstabilisation d'un des pays d'Asie Centrale pourrait créer dans toute la région un effet domino.


Igor Rotar



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