23 septembre 2017








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Ouzbékistan: l’opposant Muhammad Solih veut forcer Islam Karimov à quitter pacifiquement le pouvoir

26.05.2011 12:51 msk

Ferghana




Le premier congrès de la nouvelle organisation de l’opposition ouzbèke, le Mouvement Populaire de l’Ouzbékistan, s’est tenu le 23 et 24 mai à Berlin. Le premier jour du congrès fut consacré aux questions organisationnelles, notamment l’adoption d’une Constitution et du programme du Mouvement. Muhammad Solih, connu comme le leader du Parti d’opposition Erk et condamné en Ouzbékistan à 15,5 années d’emprisonnement, fut élu Président du Conseil constitutif, principal organe dirigeant du Mouvement.

Le Mouvement Populaire de l’Ouzbékistan devient ainsi le plus important mouvement d’opposition, réunissant six organisations, dont le Parti Démocratique Erk, le Forum des Forces Démocratiques de l’Ouzbékistan, l’organisation « Andijan : Justice et Renaissance », la société « Tayanch », l’organisation jeunesse « Uygon Ouzbékistan », l’organisation de défense des droits de l’homme OPChU.

Une conférence internationale fut organisée lors du deuxième jour du Congrès, où furent discutés les principaux problèmes de l’Ouzbékistan et la situation politique en Asie Central en général. Divers analystes et experts prirent part aux travaux de la conférence, ainsi que divers invités et observateurs de différents pays, qui assistèrent également au Congrès.

Nous présentons ici une traduction intégrale du discours prononcé par Muhammad Solih lors du Congrès. Dans quelques jours, les lecteurs de Ferghana pourront également y lire une entrevue réalisée avec le leader du Mouvement.

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« Un régime sur le pilote automatique.» Discours de Muhammad Solih lors du Congrès de Berlin, 23 mai 2011

Certaines formations politiques européennes ont accueillis favorablement la fondation du Mouvement Populaire de l’Ouzbékistan. Le 21 mai, la députée du Parti Vert allemand au Bundestag, Viola Von Cramon, s’est exprimée en ce sens sur la radio BBC (en langue ouzbèke). La députée s’est prononcée en faveur d’une aide politique et matérielle de la part du gouvernement allemand à l’égard de l’opposition ouzbèke, tout comme cela fut le cas dans les cas tunisiens, égyptiens et libyens. Elle a ajouté que cela ne devrait toutefois pas empêcher la location de la base d’aviation de l’Allemagne sur le territoire ouzbèke.
Le leader de l'Ouzbékistan, Islam Karimov, se vante sans cesse depuis vingt ans d’avoir établi la stabilité dans le pays. Mais cette stabilité imposée par le dictateur ouzbek, c’est la stabilité d’un cimetière.

Il affirme avoir instauré la paix en Ouzbékistan, alors que cette paix qu'il a refilée au peuple ouzbek est pire que la plus terrible des guerres. Voilà pourquoi des millions de personnes fuient l'Ouzbékistan pour sauver leur vie, non seulement pour des raisons politiques, mais également pour des raisons économiques.

Dans les prisons de Karimov, sont incarcérés 20,000 prisonniers politiques, dont la plupart sont des membres de l'opposition et des croyants modérés. Vingt mille prisonniers politiques, qui incarnent un par un la volonté de sacrifice politique de la population de notre pays.

Au moment de l'effondrement de l'Union soviétique, l’Ouzbékistan était l’une des républiques les plus politiquement actives (après les républiques baltes). La République soviétique ouzbèke a été l’une des premières parmi les républiques de l'Union soviétique à adopter sa Déclaration d'indépendance – le 20 Juin 1990. Cette Déclaration fut adoptée malgré l’opposition du Comité central du Parti communiste de l'Ouzbékistan et d’Islam Karimov personnellement, qui à cette époque dirigeait le Comité central du Parti communiste de la République. Sur les places publiques, des dizaines de milliers de citoyens manifestaient leurs revendications politiques. Nous observons aujourd'hui dans notre société une transformation étonnante de ce potentiel de protestation. Ce potentiel n'a pas diminué au cours des 22 dernières années, au contraire, il a augmenté. C’est pourquoi le dictateur ouzbek a été forcé de procéder à des intervalles de 5 ou 6 à des purges de la population, afin de réprimer les individus les plus dangereux pour le régime. Comme vous pouvez le voir, officiellement, ces malheureux ne sont pas moins de vingt mille. Mais les mécontents qui ne figurent pas dans les listes des prisonniers sont des millions.

Les « Droits de l'homme » sont sans doute la question la plus tragi-comique dans notre pays. Karimov a construit sur le territoire de l’ancienne République soviétique ouzbèke un camp de concentration autonome. Que ce camp de concentration soit appelé « la République d'Ouzbékistan », les gens n’en n’ont pas la vie plus facile. Le régime politique, construit par Karimov, ne peut être qualifié que de dictature classique.

Karimov et son entourage savent que la situation se détériore et cherchent frénétiquement de nouveaux mécanismes de contrôle sur la situation. Mais leurs esprits faibles les trompent: les «réformes», proposées par Karimov et instaurées au niveau du parlement et de la présidence sont pathétiques et ridicules. Ce sont là rien de plus que les convulsions agoniques d’une dictature blessée et vouée à l'échec.

Nous sommes de plus en plus convaincus que les dictateurs ne descendent des épaules du peuple que lorsque le peuple lui-même décide de le renverser. Les révolutions dans le monde arabe ont bien illustré cette situation. Le Congrès, qui nous réunit ici, à Berlin, doit discuter précisément de ces questions. Nous devons changer notre style de travail, nous devons être prêts à répondre à la terreur étatique du dictateur ouzbek, prêts à organiser diverses actions de désobéissance dans le pays, en rassemblant dans nos rangs de plus en plus de manifestants. Que déjà des personnes à l'intérieur du pays nous entendent et répondent à notre appel nous remplit d’optimisme. Déjà des centaines de bénévoles se sont déclarés, qui offrent gratuitement leur aide à notre entreprise.

La société ouzbèke critique à juste titre notre libéralisme excessif dans la lutte contre le régime de Karimov. L'opposition, opérant sur la base des normes européennes, avaient l'espoir de changer la situation politique du pays par le biais des élections. Cela était désespéré, car les institutions électorales en Ouzbékistan se sont depuis longtemps déjà transformées en parodie, et l'espoir de battre Karimov par la participation à des élections alternatives dans un contexte de répression policière est un mirage. Nous avons donc prit la décision de construire un système de lutte, capable de résister à la nature autoritaire du régime et à le forcer à quitter la scène politique.

A partir de maintenant, nous ne lui permettrons plus de tirer sur le peuple comme cela fut le cas à Andijan. La leçon tragique du 13 mai nous enseigne à être maximalement préparés à toutes les provocations du régime.

Les manifestations d'Andijan en 2005 étaient spontanées, elles n'étaient pas prévues pas l'opposition. Karimov a utilisé cette faiblesse en toute impunité pour tuer des centaines de personnes innocentes.

Maintenant, nous savons ce de quoi est capable le dictateur ouzbek, lorsque se trouvent devant lui des enfants et des femmes sans défense. Mais nous verrons de quoi il sera capable, lorsque devant lui se tiendront les structures organisées de l’opposition, prêtes à défendre leurs positions jusqu’à la fin victorieuse.

Comme je l'ai dit plus tôt, la politique de terrorisme d'État de Karimov a échoué. Cela met en cause non seulement Karimov lui-même, mais aussi les structures coercitives du pouvoir, les exécutants de la volonté du tyran.

Dans les sphères intermédiaires des structures de pouvoir, le mécontentement est de plus en plus présent. La tentation de travailler dans les institutions publiques est en train de perdre sa force. En réalité, une féroce lutte de coulisses se déroule au sommet de l’État pour la possession de nouvelles positions dans cette situation. Mais la machine de terreur d’État, une fois mise en marche, ne s'arrêtera pas, mais continuera plutôt à fonctionner sur le pilote automatique.

Ce tableau rappelle une histoire de Kafka, dans laquelle un constructeur d’une machine d’exécution fut finalement tué par cette même machine. Le temps nous dira si le constructeur du régime politique ouzbek connaîtra le même sort que le héros de cette histoire.

Dans tous les cas, les choses vont pour le mieux.

Muhammad Solih



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