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Ouzbékistan: Travail forcé dans les champs de coton pour les élèves des régions rurales

01.06.2011 12:04 msk

Ferghana

En Ouzbékistan, la saison du désherbage des champs de coton est également celle du travail des enfants. Malgré les lois et règlements de la part des autorités qui l’interdisent formellement, les élèves des écoles, des lycées et des collèges sont appelés depuis le 10 mai à travailler sur les plantations de la principale culture agricole du pays, et cela pour une durée de 40 à 45 jours. Visiblement, ces interdictions révèlent en vérité leur caractère factice, les autorités ouzbèkes ne s’apprêtant pas à se passer de l’utilisation massive du travail des mineurs. Cette force de travail gratuite fait baisser le prix de production du coton et grimper les profits de sa vente par les compagnies exportatrices du Ministère des relations économiques, de l’investissement et du commerce.

L’information selon laquelle des enfants des régions agricoles et rurales travaillent depuis déjà 3 semaines est confirmée par la militante de défense des droits de l’homme Hélèna Ourlaeva. Lors d’une visite dans la région du Karakalpakstan, cette dernière y a découvert des établissements d’enseignements totalement vides : tous les élèves y furent envoyés dans les champs.

« J’ai passé 4 jours au Karakalpakstan, raconte Hélèna Ourlaeva. Malgré l’important rapport présenté par le président Karimov en novembre de l’année dernière, le travail des enfants reste encore largement utilisé, les autorités le faisant de manière cachée et très sophistiquée. Les enseignants effraient les enfants et cherchent par tous les moyens à les cacher de la vue des passants. Mais j’ai pu faire le tour du district de Hodzheyliysky, je suis allé dans les fermes agricoles, j’ai même pu photographier les collèges vides. Depuis le 10-13 mai, presque tous les élèves de ce district furent envoyés dans des champs lointains pour travailler, vivant dans des maisons de fermiers ou dans des granges. »

En dehors de la nourriture, ils ne reçoivent rien pour ce travail. Seul le travail d’automne – la récolte du coton - est rémunéré. Je leur ai demandé : « Comment pourrez-vous passer les examens de fin d’année? ». Ils me répondent : « Nous les passerons bien d’une façon ou d’un autre ». En mai, les enfants n’étudient presque pas, car les travaux durent 45 jours. Par la suite, viennent les vacances d’été, et après la rentrée, en septembre, ils cessent d’étudier pendant encore 2 ou 3 mois, car il faut alors récolter le coton. Ensuite, encore les vacances, mais cette fois d’hiver. Voilà la situation sur place. Ils vivent dans des conditions rurales – sans bains (souvent, l’hôte lui-même n’a pas de bain), sans eau courante, et l’alimentation est pitoyable.

 Les élèves des écoles, des lycées et des collèges en régions rurales ont passé le mois de mai à travailler sur les champs de coton
Les élèves des écoles, des lycées et des collèges en régions rurales ont passé le mois de mai à travailler sur les champs de coton. Photo d’Hélèna Ourlaeva

Les autorités exigent des élèves qui refusent de travailler pour ces 45 jours une somme de 120,000 s., c’est-à-dire environ 50$. Je suis allé à la rencontre des élèves du district de Noukousskaya, qui m’ont raconté qu’une exemption de travail coûtait chez eux 150,000 s. (60$). Ils payent le responsable, qui lui paye le directeur. Facile de deviner ensuite à qui le directeur remet l’argent. »

Et ce ne sont pas seulement les familles riches qui achètent une exemption de travail. J’ai rencontré des gens pauvres : un tel garçon a un mal de dos qui l’empêche de s’accroupir, impossible de travailler dans les champs. Les indications du médecin ici ne sont d’aucune utilité : tous doivent travailler, même s’ils en crèvent. Afin qu’il n’y ait pas de complications avec sa colonne vertébrale, ses parents furent forcés d’emprunter de l’argent afin d’éviter que leur fils ne soit envoyé dans les champs de coton. »

J'ai obtenu ces informations des élèves des collèges en discutant avec eux. J'ai également réussi à photographier de très jeunes enfants. Dès la cinquième année, après l'école, on envoi les élèves aux travaux de désherbage. Bien que certains enseignants affirment qu'ils ne viennent qu’aider leurs parents, ce n'est pas vrai : les parents ne reçoivent rien, il s’agit d’un ordre du Khokima (chef de l'administration) du district de Hodzheyliyskogo, Valijon Reimova. »

 Les élèves des écoles, des lycées et des collèges en régions rurales ont passé le mois de mai à travailler sur les champs de coton. Photo d’Hélèna Ourlaeva
Les élèves des écoles, des lycées et des collèges en régions rurales ont passé le mois de mai à travailler sur les champs de coton. Photo d’Hélèna Ourlaeva

On observe le même phénomène dans la plupart des régions de l'Ouzbékistan. Le défenseur des droits de l’homme Dmitri Tikhonov affirme que la procédure de corruption pour éviter d’être envoyé sur les champs est pratiquement légalisée : il est possible de payer non seulement en espèces, mais également avec l'aide de cartes bancaires.

« Depuis l'automne dernier, l’administration des lycées force les élèves à venir travailler dans les champs, malgré la décision du Conseil des ministres. Les inconscients envoient leurs enfants, et les autorités disent à ceux qui s’y refusent : apportez-nous 200,000 s. pour « acheter » cette exemption (au taux de change actuel - 85 $). Selon mes informations auprès des écoles du district d’Angrenskiy, le taux était fixé à un tel montant pour cet automne. »

Il faut finalement souligner que la campagne pour le désherbage du coton n'attire généralement pas autant d'attention que la récolte du coton. Toutefois, pour des centaines de milliers d'étudiants des écoles, des lycées et des collèges ouzbèkes, cela ne fait aucune différence : en effet, dans les deux cas, ils devront mettre de côté leur éducation pendant plusieurs semaines afin de travailler dans les champs de coton.

Alexei Volosevich. Agence Internationale d’Information «Fergana».