24 avril 2017








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L’opposant Muhammad Solih concentrera ses efforts sur les jeunes d’Ouzbékistan

03.06.2011 21:19 msk

Ferghana




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Comme cela fut rapporté précédemment, Berlin accueilli les 23 et 24 mai 2011 le premier Congrès du Mouvement Populaire d'Ouzbékistan (NPO) - une nouvelle organisation réunissant plusieurs groupes d'opposition, tels le parti démocratique Erk, le Forum des forces démocratiques d'Ouzbékistan, l'organisation « Andijan: justice et renaissance », la société « Tayanch », l’organisation jeunesse « Uygon, Ouzbékistan! », l’organisation de défense des droits de l’homme OPChO, devenant de ce fait le plus important regroupement visant à renverser le régime d'Islam Karimov.

L'un des organisateurs de ce Congrès fut le chef du parti d'opposition Erk, Muhammad Solih. Lors de ce Congrès, il fut également élu Président de l'assemblée constituante, le principal organe politique du Mouvement Populaire. Dans les jours qui suivirent son élection, Muhammad Salih a bien voulu répondre aux questions de « Fergana ».

- M. Solih, je ne serai certainement pas la première personne à vous poser la question de votre, disons ainsi, détachement de la réalité de l'Ouzbékistan. Les critiques à votre endroit soulignent toujours le fait que vous ne vivez plus en Ouzbékistan depuis 1993, et que vous ne pouvez pas non plus retourner dans votre patrie. Les gens de mon âge, peut-être, se souviennent encore de votre nom et du nom de votre parti. Mais à partir de mes nombreuses conversations avec les jeunes d’Ouzbékistan, je peux affirmer que ceux-ci ne connaissent pas votre nom. On peut tirer la même conclusion à partir des commentaires laissés par nos lecteurs sur le site de « Ferghana ». Que répondez-vous à ces critiques à votre adresse?

Muhammad Solih: Vous avez raison de dire que pour certains jeunes en Ouzbékistan, mon nom est inconnu. Actuellement, une importante partie de la jeunesse de notre pays est apolitique, c'est-à-dire que beaucoup de jeunes garçons et filles ne s’intéressent pas à la politique. Cependant, il serait faux de dire que tous les jeunes sont comme ça, et de dire que personne ne nous connaisse.

En ce qui concerne les messages qui apparaissent sur différents sites internet, ce ne sont que de soi-disant « commentaires d’opinions », créés par le régime d'Islam Karimov. Je sais parfaitement qu’à l’intérieur du Service de sécurité nationale de l'Ouzbékistan, il y a des employés particuliers qui reçoivent un salaire précisément pour suivre à la trace les commentaires laissés sur divers sites web et forums et pour y laisser leurs déclarations provocatrices. Ce sont là des individus biaisés, qui ne font que leur travail.

Participants du Congrès du Mouvement Populaire de l’Ouzbékistan à Berlin
Participants du Congrès du Mouvement Populaire de l’Ouzbékistan à Berlin, mai 2011

En ce qui concerne, comme vous l’avez souligné, mon détachement de la réalité. Nous avons dans tout le pays des supporteurs, desquels nous recevons régulièrement de l’information, et grâce auxquels nous sommes parfaitement informés de la situation et des attitudes des gens en Ouzbékistan.

- Tout de même, il me semble qu’il vous sera difficile de trouver des supporteurs en Ouzbékistan. La machine propagandiste de Karimov travaille depuis déjà 20 ans, pendant ce temps une nouvelle génération a grandi, qui se trouve être le produit du système construit par Karimov. Qui vous soutien à l’intérieur de l’Ouzbékistan?

Des gens politiquement passifs, y compris parmi les jeunes, sont nombreux dans toutes les sociétés. Ce fut toujours ainsi. Les changements sont généralement provoqués par 10 pour cent de la population. Même en temps de guerre, une dizaine d'hommes suivent un brave qui les conduit dans la bataille. Ou prenons, par exemple, les événements en Tunisie, en Égypte et dans les autres pays du Moyen-Orient qui vécurent des changements radicaux et des révolutions dans les derniers mois. Ce n’est certainement pas 100 pour cent de la population qui est descendu dans la rue pour exiger un changement. Il y eu une certaine partie de la population, des soi-disant « passionnés », qui entraînèrent derrière eux les autres. Il y a toujours une poignée de gens qui croient en une idée, et qui sont capables de diriger les autres. Même chose en Ouzbékistan. Oui, la plupart des jeunes sont apolitiques, ils ne sont pas intéressés par la politique, certains même ne comprennent pas qu’est-ce que l'opposition. Mais il y a des gens désireux et capables de diriger les autres.

Nous avons été en mesure de le faire dans les années de la perestroïka. Bien que, bien sûr, il faut noter que la situation actuelle en Ouzbékistan contraste assez fortement avec l'époque de la perestroïka. D’abord, le régime actuel d'Islam Karimov est un adversaire beaucoup plus sérieux que l’était dans son temps le gouvernement soviétique. Dans les années 80, quand sont apparus les premiers mouvements d’opposition dans les républiques soviétiques, notamment en Ouzbékistan, un souffle de liberté soufflait dans le pays. En Ouzbékistan, un tel libéralisme aujourd'hui n'existe pas.

Cependant, le mécontentement du peuple par rapport à la politique de Karimov est énorme. Nous recevons des informations selon lesquels ce mécontentement croît dans tous les secteurs de la société. En comparaison avec la situation qui prévalait quelques années auparavant, aujourd'hui, dans les rues et les bazars, les gens expriment beaucoup plus librement leur mécontentement. Parce que le peuple est à court de patience.

En ce qui concerne la jeunesse, nous devons travailler avec elle, les jeunes doivent être au centre de notre action, de nos efforts.

Deux variantes de l’hymne du Mouvement furent proposées. Celle de gauche fut adoptée
Deux variantes de l’hymne du Mouvement furent proposées. Celle de gauche fut adoptée

- M. Solih, vous avez organisé ce Congrès, que les observateurs ont évalué différemment. Certains y ont vu une consolidation significative des forces opposées au président de l'Ouzbékistan, certains ont critiqué le MPO pour n’avoir même pas organisé une manifestation sérieuse lorsque le sous-ministre des Affaires étrangères d’Ouzbékistan Vladimir Norov s'est rendu à Berlin afin d’y rencontrer des fonctionnaires allemands.

- Oui, je suis connais ces commentaires. Mais je voudrais souligner que nous n'avons jamais posé comme objectif de descendre dans les rues de Berlin et d’y tenir un rassemblement. Organiser une confrontation avec Norov aurait été une action extrêmement grave, et aurait signifié une politique d’étroitesse d'esprit, car cela n’aurait été qu’une action d'une seule journée. Alors que le Congrès discutait de questions politiques sérieuses.

- Maintenant que le Congrès est terminé, quels sont les plans pour l'avenir?

Notre objectif principal est le changement du régime de l’Ouzbékistan par des moyens pacifiques. Nous avons l'intention de fournir une voie d’expression au ressentiment populaire à travers la désobéissance civile. Après tout, si le régime est privé du soutien populaire, il s'effondrera rapidement. Le peuple ne devrait pas soutenir le régime d'Islam Karimov. Karimov sans ce soutien n’est rien. Nous voulons commencer à organiser des grèves, des rassemblements et des manifestations. Nous avons déjà des gens qui travaillent sur ces questions. Ces actes de désobéissance auront lieu à travers le pays, dans toutes les régions. Et de plus, tout cela va se faire pacifiquement, sans effusion de sang.

Karimov lui-même vit dans la peur. Il craint le mécontentement populaire et la désobéissance. Nous avons des informations selon lesquels le pays est actuellement sous l'état d'urgence, sous le prétexte des préparations à la célébration du 20e anniversaire de l'indépendance de l'Ouzbékistan. Il comprend que le peuple est à cours de patience.

- Ne croyez-vous pas qu’après les événements d’Andijan de 2005, où les autorités ouvrirent le feu sur une foule de manifestants désarmés, les gens aient peur de sortir dans les rues? Il est évident que Karimov donnera à nouveau l’ordre d’ouvrir le feu et que rien ne l’arrêtera.

- Oui, les gens ont peur. Mais nous les appelons à ne pas avoir peur, car la crainte de Karimov envers le peuple est encore plus forte. Nous ne permettront pas d’autres massacres. Bien sûr, il y a un certain risque, mais dans le cas où le sang coulerait à nouveau, nous avons un plan d’action. Je n’expliquerai pas maintenant en quoi celui-ci consiste, toutefois, nous ne permettrons pas d’autre tragédie de l’ampleur de celle d’Andijan, inshallah. Le peuple doit nous soutenir.

Aide-mémoire pour les participants des actions de manifestations, avec instructions sur comment se comporter dans le cas de l’usage de la force par les autorités de l’Ouzbékistan
Aide-mémoire pour les participants des actions de manifestations, avec instructions sur comment se comporter dans le cas de l’usage de la force par les autorités de l’Ouzbékistan

- De telles révolutions nécessitent évidemment des moyens financiers considérables. Qui finance votre mouvement?

Le dernier Congrès marqua un précédent sur le plan du soutien financier. Nous sommes contents d’affirmer que pour la première fois depuis quelques années, nous avons pu organiser ce Congrès avec le soutien financier de nos supporteurs. L’organisation « Andijan : Justice et Renaissance » assura une partie des dépenses, une autre partie fut couverte par nos supporteurs, dont plusieurs se sont très récemment joints à nous. Plusieurs viennent à nous de leur propre initiative et se proposent de nous aider. Ceux-ci nous rejoignent par les réseaux sociaux, comme Facebook, et par le biais de courrier électronique. Présentement, l’aile jeunesse du Mouvement tâche d’informer les gens de nos actions et d’attirer de nouveaux supporteurs sur Facebook et d’autres sites sociaux. Nous sommes heureux d’un tel soutien. Cela signifie que le nombre de personnes insatisfaites du régime de Karimov s’accroît de jour en jour.

Agence Internationale d’Information « Fergana »



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