27 février 2017








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Kirghizstan: La « politique nationale » par les nationalistes

30.06.2011 10:31 msk

Daniil Kislov




Comme nous l'avons précédemment rapporté, le juin 18 2011 au VIIe Congrès (assemblée générale) de l'Assemblée du Peuple fut adoptée la « Conception de la politique ethnique et de la consolidation sociale de la République kirghize ». Le texte de cette notion, établi par le gouvernement, l’administration présidentielle ainsi que des représentants des différents partis politiques, chefs religieux, organisations internationales et non-gouvernementales a été approuvée par les quelques 800 délégués des centres nationaux-culturels et des communautés à travers le pays.

Or, presque aussitôt une seconde conception fit son apparition, élaborée celle-ci dans les couloirs du parlement de la République, avec un titre quelque peu étrange : « Conception d’État de la politique nationale ». Il n’est pas sans intérêt de souligner que ce document alternatif fut présenté par la faction nationaliste « Ata-Zhurt », qui soutient ouvertement la défense des intérêts des groupes ethniques « titulaires » et « nationaux ». Et dès le 24 Juin, ce document sera examiné par les parlementaires.

Ainsi, il est possible que deux conceptions régissant les relations interethniques en Kirghizie voient le jour simultanément, bien qu’elles soient à bien des égards mutuellement contradictoires. Même si le document n’aura en fait qu’une valeur consultative, l’une des deux conceptions servira pourtant de base sur laquelle devront être prises les lois régissant les problèmes douloureux des relations interethniques au Kirghizistan. Et ce choix pourrait très vraisemblablement s’arrêter sur la version parlementaire de la Conception. En effet, le Kirghizistan actuel fonctionne selon un système de République parlementaire, dont les révolutionnaires de l’époque Bakiev furent les premiers partisans.

L'antagonisme entre le président et le parlement du Kirghizstan n'est pas encore ouvertement affiché. Les deux camps prétendent sous des airs diplomatiques que leurs opinions concernant les questions importantes sont unanimes. En ce sens, le président du parlement Akhmatbek Keldibekov est intervenu lors du Congrès en faveur de la conception « présidentielle », pour laquelle il vota. Mais très vite il inscrit à l'ordre du jour parlementaire l’examen de « son projet », celui de la faction Ata-Zhurt…

Bien que ces oppositions idéologiques ne se manifestent que dans des accusations de coulisses, où les deux camps se traitent réciproquement de « nationalistes » ou de « traîtres aux intérêts de la nation », il est évident pour tous que les positions de la coalition parlementaire et du président Otounbaïeva sont souvent diamétralement opposées. Et la ligne principale de démarcation se trouve précisément dans le domaine des relations interethniques : cela n'est pas surprenant, si l’on tient compte qu’il y a à peine un an le pays fut ébranlé par de brutaux massacres ethniques à Och et à Jalal-Abad, dont les blessures tardent à se cicatriser. La société kirghize elle-même, à bien des égards, interprète ces événements de différentes manières.

D’un côté, la voix d’Otounbaïeva sonne quasiment à l'unisson avec celles des activistes des droits civiques et des autres ONG. Tous se déclarent, en bref, en faveur de l'ouverture et du libéralisme. De son côté, le parlement (autant la coalition que l'imaginaire « opposition » en son sein) se retranche dans ses positions, dont les mots d’ordre pourraient être « tout garder, ne rien lâcher », « interdire » et « bloquer ».

De là émanent les décisions du Conseil Suprême de déclarer le responsable du Comité international de recherche Kimmo Kiljunen persona non-grata ou de bloquer l’accès au site « Fergana ». Ce sont précisément ces décisions folles qui amenèrent une une réprimande sévère mais mesurée de la part du président et des membres de la société civile, ainsi que de sérieuses critiques de l'étranger. Après tout, ces documents sont remplis d'erreurs juridiques et portent les signes d'un sérieux manque de sens commun. Malheureusement, la « Conception » élaborée par un groupe de la faction « Ata-Zhurt » sous la direction de Narmatovoy se trouve être un phénomène du même ordre.

« A l'heure actuelle, la société kirghize est en mesure de choisir entre une intégration qui se ferait sur la base d'une nation civique, d’une société multilingue et polyculturelle et une descente encore plus loin vers l'ethno-nationalisme, qui tente de se faire passer pour un patriotisme national » - écrit l'expert P. Dyatlenko dans son article Jeu dangereux avec les politiques ethnolinguistiques (texte original disponible ici). « Les tentatives de certaines forces politiques (y compris le parti « Ata-Zhurt ») d'imposer à la société une vision étroite et polarisante de la politique ethnolinguistique et de la régulation des relations interethniques sont extrêmement dangereuses et ses conséquences à long terme négatives ».

Je voudrais ajouter que ce n'est pas seulement la faction « Ata-Zhurt » qui est en cause ici, mais pratiquement l’ensemble du parlement kirghize, qui est devenu aujourd'hui un générateur d'idées entrant directement en contradiction avec la volonté de la société du Kirghizistan à progresser vers la civilisation, la liberté et la stabilité.

Daniil Kislov, Rédacteur principal, Agence de Presse « Ferghana ».



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