22 juillet 2017








Les actualités de l’Asie Centrale

OCS : Le «passe-partout» chinois

05.07.2011 10:42 msk

Michael Kalishevsky




Comme l’avaient prédit de nombreux observateurs, le dernier sommet de l'Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) à Astana ne sera finalement mémorable que pour l’anniversaire qu’il soulignait : cette année, l'organisation fête son 10e anniversaire de fondation. Et pourtant, le sommet ne fut pas seulement un événement purement protocolaire. Il fut animé par le Président du Kazakhstan Noursoultan Nazarbaïev, qui soumit de manière inattendue au jugement de ses collègues toute une liste de nouvelles propositions. En somme, celles-ci annoncent le début des discussions autour de l'idée de créer une structure visant le règlement des conflits territoriaux et régionaux, ce qui à l'avenir pourrait considérablement renforcer la composante politico-militaire de l'OCS.

Mais avant tout, le résultat le plus marquant du Sommet d’Astana est sans doute qu’il aura permis une fois de plus de démontrer l'ampleur impressionnante de l'expansion chinoise en Asie centrale.

Autrement dit, nous sommes à même d’observer comment l'OCS, conçu par Poutine comme un « instrument de la politique russe en Asie centrale », fut subtilement transformé en l’instrument de l'absorption de cette même Asie centrale par la Chine. Une métaphore a d’ailleurs fait son apparition : « l'OCS est le passe-partout de la Chine pour l'Asie centrale. » Pékin s’est d’ailleurs immédiatement réservé le bon rôle de leader économique de l'OCS, en attribuant dès 2004 plus d’un milliard de dollars pour le développement des échanges commerciaux conjoints. Depuis lors, la Chine a réaffirmé à plusieurs reprises sa prétention à occuper le rôle dominant dans l'économie régionale. Il suffit d’ailleurs de comparer les données de la Russie et la Chine en termes d'investissement dans les pays de l'OCS et la part de ces deux pays dans la coopération économique et commerciale. De plus, c'est la Chine elle-même qui est devenue l’initiatrice du développement des réseaux de transport et des projets énergétiques. Il est très symbolique que lors de la précédente réunion de chefs de gouvernements de l'OCS à Douchanbé, c’est le premier ministre chinois Wen Jiabao qui a présenté les propositions les plus détaillées afin de renforcer la coopération commerciale et économique entre les États membres. En outre, le premier ministre chinois a appuyé l'idée de créer un « Club énergétique de l'OCS », ainsi que la Banque de l’Organisation de coopération de Shanghai, où les échanges seraient effectués dans les monnaies nationales, ce qui sans aucun doute renforcera d’abord la position de la Chine.

Sommet de l’OCS, juin 2011, Astana, Kazakhstan
Sommet de l’OCS, juin 2011, Astana, Kazakhstan. Kremlin.Ru

Il est évident que la Russie, qui considère l'Asie centrale comme l’une de ses zones traditionnelles d’intérêts a dû - pour employer un euphémisme - céder sa place. En fait, elle n’a tout simplement pas réussi à faire d’elle-même un « hégémon ».

Une preuve manifeste de l'influence croissante de Pékin sur les pays membres de l'OCS fut les négociations tenues la veille du sommet (13 Juin) entre le Président chinois Hu Jintao et le Président kazakh Nazarbaïev. Les deux dirigeants ont cosigné une déclaration de partenariat stratégique entre la Chine et le Kazakhstan et ont convenu d'augmenter l’ampleur des échanges commerciaux pour atteindre 40 milliards de dollars en 2015. En guise de première étape dans la réalisation de ce plan, ils ont également convenu d'accroître la capacité des pipelines de pétrole et de gaz vers la République populaire de Chine (l’entreprise chinoise contrôle déjà plus du quart des actifs de l'industrie du pétrole et du gaz, principale force de l'économie du Kazakhstan) ainsi que des livraisons d'uranium. De plus, Astana et Pékin ont signé un accord sur l’échange des devises Yuan-KZT d’un milliard de dollars. Selon le président de la Banque Export-Import de Chine Li Zhugou, la Chine est d’ailleurs prête à prêter à l'économie kazakhe directement en devises chinoises. Enfin, un accord fut signé afin de fournir à la compagnie « Kazakhmys » un prêt bonifié de 1,5 milliard de dollars par la China Development Bank dans le but de développer les gisements de cuivre d’Aktogay.

Lors du sommet d'Astana, le discours du Président Hu Jintao, qui, incidemment, se trouve à la présidence de l'OCS, sans être éclatant, fut néanmoins révélateur. Hu Jintao a simplement énuméré ce que Pékin a effectivement accompli dans le cadre de l’OCS ces dernières années. Le chiffre très convaincant de 12 milliards de dollars fut avancé, montant que la Chine aurait investi dans les pays d'Asie centrale sous la forme de prêts concessionnels. Hu Jintao a également promis de poursuivre une pratique de crédit similaire, ainsi que de transformer le » Forum économique Chine-Eurasie et l’Expo Euro-Asie en une plateforme pour la coopération économique régionale afin de promouvoir la prospérité économique de la région. »

Là encore, il convient de souligner que ces prêts concessionnels sont garantis en devises chinoises, ce que plusieurs experts considèrent comme l'un des traits les plus caractéristiques de l'expansion chinoise dans la région. Or, une telle tendance ne plaît pas à tout le monde en Asie centrale. Une preuve manifeste de la préoccupation croissante dans la région par rapport à l'offensive chinoise et surtout à l’incapacité de contrôler cette offensive fut la tentative d’organiser à Astana une rencontre des dirigeants « non-chinois » des pays membres de l'OCS. Selon certaines informations, suite à la conclusion du programme officiel du Sommet était censée se tenir une réunion à huis clos - sous l'initiative de S. Nazarbaïev - des présidents des cinq pays de l'OCS, dans un format « Asie centrale – Russie ». Or, une telle réunion n'a jamais eu lieu. Officiellement, le président ouzbek Islam Karimov a fait remarquer qu’une telle initiative était illogique en l'absence d'un autre pays d'Asie centrale, le Turkménistan. Cette réaction de Tachkent a permis de soulager le mécontentement évident des représentants chinois, qui se sont fortement opposés à la tenue de cet événement.

Mais pourquoi parler de Tachkent, alors que la délégation russe elle-même a émis une déclaration laissant transparaître la peur de Moscou quant à la possibilité de causer un quelconque mécontentement chez son voisin chinois. Serguei Prikhodko a déclaré que la Russie ne percevait pas comme une menace l'utilisation croissante du yuan par la Chine dans ses échanges en espèces avec les pays de l'OCS et y réagit de manière positive. « Si nos partenaires chinois peuvent montrer plus de flexibilité dans la région de l'OCS en offrant leurs propres instruments, alors ils ont notre compréhension et notre soutien », - a déclaré l’Adjoint du Président Medvedev. En général, cette position est tout à fait conforme avec les fameux accords sino-russes signés par M. Medvedev à Pékin en 2009, qui suggèrent que le Kremlin n'est non seulement pas préoccupé par l'expansion chinoise en Asie centrale, mais ne considère également pas comme une menace particulière l'expansion de la Chine en Russie même.

Rappelons qu’en septembre 2009, le Président Medvedev a signé le programme de coopération « entre les régions de l'Extrême-Orient et de la Sibérie orientale et la Chine du Nord-est pour 2009 -2018 », comprenant plus de 200 projets communs. En vertu de ce programme, la Russie a ouvert à un développement conjoint une large gamme de dépôts de minerais naturels à l'Est de l'Oural. Par ailleurs, la Chine s'est engagée à construire des usines de transformation sur le territoire russe, à la condition que celles-ci emploient des travailleurs chinois et garantissent une participation chinoise dans le contrôle administratif. Un programme semblable est prévu pour améliorer les passages frontaliers et « renforcer la coopération russo-chinoise dans le domaine du travail. » Ajoutez à cela l'approvisionnement ininterrompu de la Chine en ressources énergétiques russes (300 millions de tonnes de pétrole pour un coût total de 100 milliards de dollars, soit moins de 50 dollars le baril), selon « le contrat du siècle » signé en 2009. Incidemment, « le contrat du siècle », celle fois-ci pour le gaz, a été inscrit au programme des pourparlers lors de la visite de Hu Jintao à Moscou, qui s’est amorcée immédiatement après le sommet d’Astana. Jusqu'à présent, les deux parties n’ont pas encore réussi à s'entendre sur un prix.

Michael Kalishevsky



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