29 mai 2017








Les actualités de l’Asie Centrale

170 anniversaire de l'expédition de Boukhara : succès scientifique, échec politique

22.08.2011 15:13 msk

Mikhail Kalishevskii




Drapeau de l'Emirat de Boukhara

Le plus souvent, c'est le même modèle qui prévaut dans la fondation des grands empires coloniaux. D'abord font leur apparition des voyageurs pionnIs, des commerçants et des diplomates, suivent les soldats : cela vaut pour la conquête de l'Asie Centrale par la Russie. L'expédition de Boukhara, dirigée en juillet-août 1841 par l'ingénieur et sous-colonel Constantin Boutenev, en constitua l'un des événements majeurs, préfigurant l'annexion de l'Asie Centrale à l'Empire russe. L’Émirat de Boukhara était alors l'état le plus vaste et le plus peuplé d'Asie Centrale, et n'était pas inconnu des scientifiques occidentaux, quelques chercheurs russes et européens s'y étant déja rendus. L’expédition de 1841 se distingue toutefois par la diversité des recherches entreprises. Des géologues, des topographes, des spécialistes de la métallurgie et de la sidérurgie, des philologues orientalistes y prirent part, ce qui permit d'étudI l’Émirat de Boukhara sous toutes les coutures et d'amasser des informations de toutes sortes.

«Amitié et commerce»

Les relations entre la Russie et Boukhara sont anciennes, et connurent une forte intensification avec l'instauration à Boukhara de la dynastie Mangit (1785). Les liens diplomatiques devinrent particulièrement étroits sous les Émirs Khaidar (1800-1826) et Nasroul (1827-1860). Au cours de la première moitié du XIXème siècle, diverses délégations et missions diplomatiques gagnèrent la Russie en provenance de Boukhara afin de communiquer au pouvoir russe les événements majeurs et d'aborder les grands sujets en termes d'économie et de vie politique. Dans les vingt premières années du siècle, quatre missions diplomatiques firent le voyage de Boukhara à St-Petersbourg, négociant des conditions avantageuses pour les marchands de Boukhara (sans que la réciproque soit vraie pour les Russes) et une aide militaire russe pour garantir la sécurité des caravanes menacées par les Khiviens.

La Russie, à l'époque accaparée par les affaires européennes, ne manifestait pas un grand intérêt pour l'Asie Centrale. St-Petersbourg, tout en soulignant son intérêt pour «l'amitié et pour le commerce» avec Boukhara, refusait pourtant de dispenser les marchands boukhariotes des taxes à la douane qui les handicapaient et s'abstenait de toute intervention militaire en Asie Centrale. Ainsi, une lettre était-elle adressée en 1803 à l’Émir Khaidar, affirmant que la Russie était prête à participer à toute opération conjointe contre les brigands qui menaçaient les caravanes, et se tenait prête à envoyer ses troupes à tout moment. Mais le Khan devait lui même prendre l'initiative et les repousser vers la frontière russe, «où ils seraient réprimés».

Avec le temps, l'intérêt politique et économique de St-Petersbourg pour Boukhara commenca à grandir, ce qui se traduisit par l'envoi d'une mission diplomatique russe devant l’Émir Khaidar, dirigée par le conseiller A. Negri (décembre 1820 - mars 1821). Lequel avait pour principal objectif de rassurer l’Émir Khaidar quant à la «volonté absolue» de la Russie «de ne pas seulement établir mais aussi d'étendre les relations commerciales» avec Boukhara, et de mettre en œuvre pour cela tous les moyens possibles. On se mit à collecter des informations sur le territoire, les ressources naturelles, les dirigeants locaux, les relations entre Boukhara, Khiva, la Perse, l'Afghanistan, l'Empire ottoman, la situation à Kaboul, Kandahar, au Cachemire, au Penjab, au Ladakh, le trafic commercial sur le Syr-Daria et sur l'Amou-Daria. On lança des études sur la demande locale en marchandises européennes et les circuits commerciaux existants. On prit des informations sur les risques d'enlèvement éventuellement courus par les ressortissants russes et, le cas échéant, sur le montant des rançons exigées.

Les naturalistes Eduard Friedrich von Eversmann (1794-1860) et Christian-Heinrich Pander (1794-1865) étaient du même voyage que Negri. Bien que l'intérêt de ces naturalistes fut purement scientifique, ils étaient également chargés d'identifI «quelles régions d'Asie Centrale méritaient l'attention et laissaient présager des profits commerciaux pour la Russie».

La délégation parvint à négocI un accord oral sur la protection des caravanes par les militaires boukhariotes sur la portion allant du Khanat jusqu'aux berges du Syr-Daria. C'était ensuite aux russes de prendre le relais jusqu'aux frontières de la Sibérie. Negri put racheter sept prisonnIs et ramener avec lui huit évadés qui l'avaient rejoint d'eux-même. Malgré les promesses, le gouvernement de Boukhara, qui avait promis d'interdire la vente de personnes enlevées en Russie, aucun document officiel ne fut signé. En revanche, les naturalistes et les officIs de l'expedition purent collecter des informations qui permirent aux russes de mieux connaître Boukhara. Negri devait rapporter plus tard que «l'objectif de mission, connaître Boukhara et faire connaître aux Boukhariotes les bienfaits de la Russie, était atteint».

Ce fut le seul progrès accompli en deux décennies. Bien que les ambassades de Boukhara se succédassent en Russie à cinq reprises (1825, 1830, 1836, 1837, 1838), aucun accord concret ne fut conclu. A toutes les demandes des envoyés boukhariotes de garantir «des conditions plus favorables» pour le commerce et de réprimer les brigands de Khiva, St. Petersbourg ne répondait que par des déclarations de principe. Mais des informations relatives à des manœuvres britanniques pour «mettre en place des relations commerciales avec les Boukhariotes » et sur « la présence d'agents cherchant à conclure des accords qui permettraient aux Anglais d'acheminer des marchandises à Boukhara dans des conditions avantageuses» ne la laissèrent pas froide.

Une autre mission diplomatique arriva en Russie en août 1840. L’Émir Nasroul l'avait chargée :

«1. de solliciter la protection de Boukhara face au risque d'une invasion anglaise. 2. Demander une aide pour prévenir les attaques perpétrées contre les caravanes par Les Khiviens, lesquels, au contact des Anglais, manifestent de plus en plus d'hostilité à l'encontre de Boukhara». St Petersbourg décida alors d'accorder davantage d'attention à Boukhara. Certaines concessions furent faites sur le plan commercial. Les Russes déclarèrent également leur intention de monter une expédition à caractère diplomatique et scientifique à destination de Boukhara. Objectif officiel : répondre à la demande de l’Émir Nasroul en organisant la prospection de métaux préciaux et, si nécessaire, mettre en œuvre leur exploitation. Pour cette raison, l'expédition fut confiée à Constantin Boutenev (1805 –1869), sous-colonel du corps des ingénieurs des mines et l'un des principaux spécialistes russes de l'exploitation de l'or dans l'Oural.

Deux missions diplomatiques

L'expédition était également motivée par le fait qu'au début de l'année 1841, les avant-postes britanniques d'Afghanistan s'étaient rapprochés des rives de l'Amou-Daria. Les décisions concernant l'équipe furent prises par le département pour l'Asie du Ministère des affaires étrangères à Saint-Pétersbourg. Mais, la mission partant d'Orenbourg, Vasilii Perovskii (1794–1857), gouverneur général de la ville, compléta l'équipe de la mission sans autorisation avec Nikolai Khanikov (1822–1878), orientaliste et ethnographe connu, et Alexandre Leman (1814–1842), naturaliste remarquable. La liste complétée fut envoyée directement au Tsar Nicolas I, qu'il connaissait personnellement pour l'avoir protegé en 1825 du jet d'un morceau de bois par un sympathisant décembriste.

Perovskii plaçait ses espérances dans la collecte d'informations sur la partie orientale de l’Émirat de Boukhara, qui incorporait une grande partie du Tadjikistan d'aujourd'hui. «L’orient n'a jamais été étudié par aucun européen et les observations conjointes de MM. Leman et Khanikov donneront, probablement, les moyens de le connaître», écrivait-il à Nicolas I.

Il est intéressant de noter qu'en mai 1841, deux missions partaient d'Orenbourg: L'une, dirigée par Boutenev, à destination de Boukhara, l'autre, dirigée par le capitaine Nikiforov, à destination de Khiva. La mission vers Khiva semblait démontrer la bonne volonté de la Russie pour satisfaire les demandes de l'émir Nasroul et contenir les Khiviens. Dans le même temps, le chef de la mission khivienne, le capitaine Nikiforov, par son caractère et par son parcours contradictoire, correspondait tout à fait à ce type de mission, mais risquait aussi d'aller trop loin, confronté aux particularités locales. M. A. Terentiev, lieutenant général, le décrit ainsi dans son ouvrage consacré à l'histoire de l'Asie Centrale: «Echecs et humiliations avaient affecté son caractère, et développé chez lui une irritabilité qui atteignait parfois la fureur. Sans parler de ses abus d'alcool».

A son arrivée à Khiva, Nikiforov déclarait aux grands seigneurs khiviens avec résolution : «Vous, Khiviens, devez vous coller à la Russie, comme un chemisI au corps, car la Russie est une puissance si grande, que si elle vous marche dessus, elle vous écrasera comme des mouches». Un ton insolent qu'il conserva par la suite, au fil de négociations portant sur la libération d'esclaves russes, sur les taxes commerciales ou sur les forteresses khiviennes de la Syr-Daria.

«D'aucuns s'étonnent de la capacité démontrée par Nikiforov à s'en sortir à Khiva, où personne ne s'était jamais comporté de pareille façon. La réponse est courte: Khiva avait peur», notait l'un des historiens de l'époque. Néanmoins, aucun accord ne fut conclu avec les Khiviens. Mais Nikiforov avait clairement défini les intérêts de la Russie. En premI lieu, la Russie ne laisserait plus les Khiviens prélever des taxes auprès des Kazakhs qui vivaient au nord du fleuve Emba, car ils étaient considerés comme les sujets du Tsar. Deuxièmement, elle exigeait la reconnaissance des droits de la Russie sur l'ensemble de la côte orientale de la mer Caspienne, arguant du fait que «Khiva n'avait aucune flotte et n'en aurait jamais». Le Khan ne fit aucune réponse concrète mais promit d'envoyer un émissaire à Orenbourg. Peu après son retour, Nikiforov décédait subitement d'une crise cardiaque.

Il est difficile de juger si Nikiforov a pu terroriser les Khiviens. Mais la Russie ne parvint plus à obtenir que des déclarations de principe. Les pillages de caravanes continuèrent, des contacts furent pris avec le Khan kazak révolté contre les Russes, et un agent britannique nommé Thomson s'installa durablement à Khiva, menant des intrigues contre la Russie.

En juillet 1841, la mission de Boutenev atteignait Boukhara. Les émissaires russes furent bien accueillis et invités au palais. L’Émir permit même aux membres «de traverser à cheval la cour intérieure du palais, avantage réservé au seul premI vizir à Boukhara». L’Émir donna l'ordre de lancer la prospection, mais n'autorisa finalement pas Boutenev à y participer, rejetant également sa proposition de chercher des gisements d'or sur les rives de l'Amou-Daria et dans les monts Nourata.

Boutenev forma finalement une équipe (Khanikov et Leman, l'ingénieur des mines Bogoslovski, le topographe Yakovlev), qui quitta Boukhara le 25 août et se dirigea vers l'est en direction de Samarcande, puis vers la Vallée de Zeravchan, dans le Tadjikistan d'aujourd'hui. L’Émir y ajouta des guides, le médecin de la cour, Maksum-Djuman, «homme compétent dans toutes les sciences», et Ramazan, qui veillerait à ce que les invités «ne fassent de rien d'illicite».

Aspects scientifiques et diplomatiques

En septembre 1841, l'expédition partait de Samarcande pour Pendjikent. Les recherches géologiques commencèrent sur la rive droite de la rivière de Zeravchan. Leman y joua un rôle particulI : malgré ses 27 ans, il était déja un zoologue renommé en Russie. Après avoir reçu une formation d'excellence à l'Université deTartu, il fut l'élève de l'académicien Ber avec qu'il effectua une série d'expéditions, dont certaines à l'intérieur du cercle polaire. Dans les années 1839-1840, Leman participa à l'expédition de Khiva organisée par le gouverneur Perovskii pour intimider les khanats d'Asie Centrale, permettant de constituer de riches collections collections relatives à la faune et à la flore. Ses compétences de naturaliste se mariaient bien avec ses talents ds peintre, très appréciés d'un scientifique à cette époque où la photographie n'existait pas.

Dans la vallée de Zeravchan, Leman découvrit et décrivit pour la première fois des fossiles de bivalves. Rencontrant pour la première fois des chercheurs d'or près d'une petite forteresse, Fan-Sarvadi, Leman décrivit en détail les techniques de prospection de l'or empolyant des peaux de mouton, et déduisit que le minerai venait de l'amont de la rivière Fan-Daria.

Les chercheurs s'intéressèrent aux gisements de charbon de Ravtsk, et passèrent quelques jours à les étudI. Mais c'est en vain qu'ils expliquèrent à leurs guides Maksum-Djuman et Ramazan, que l'importance de cette découverte était inestimable, bien plus que celle de mines d'or. «Alors, nous vous dépêcheront cinq cents chameaux chargés de cette pIre noire. Nous verrons votre réaction! Quelle trésor!», ricana Ramazan.

Constatant que les Russes s'intéressaient à des absurdités telles que le charbon, le guide insista pour rentrer à Boukhara. L'expédition contourna Zeravchan sans l'atteindre. Au retour de Boukhara, l'expédition fit une escale d'un mois à Samarcande, où Leman fit de multiples croquis et esquisses des monuments historiques.

Entre-temps, Boutenev, resté à Boukhara, s'activait sur le plan diplomatique. Il était chargé de se familiariser avec le khanat et les états limitrophes, d'étudI comment renforcer l'influence de la Russie à Boukhara, et de développer les liens commerciaux. Il avait aussi pour objectif d'obtenir un accord officiel et de mettre en place des relations amicales entre les deux pays, afin que Nasroul cesse de détenir des sujets russes, qu'il garantisse leur sécurité et celle de leurs biens en ne laissant plus «les sujets boukhariotes se livrer au pillage et à l'extorsion», qu'il aménage les taxes sur les marchandises russes, et qu'il garantisse aux commerçants russes la même protection «que celle dont bénéficient les commerçants boukhariotes dans l'Empire russe».

Le 8 novembre 1841, Boutenev rencontrait Nasroul et l'informait de la volonté de Nicolas I de conclure un accord important. L'ambassadeur exposa les principales clauses de ce document, mais l’Émir exigea de prendre connaissance de l'intégralité du texte, tout en promettant de donner une réponse définitive à réception. En conclusion, Nousral demanda à Boutenev de rentrer en Russie pour obtenir des éclaircissements auprès de Nicolas I : qu'obtiendrait-il en échange d' «une baisse des taxes et de la libération des prisonnIs russes»? Sa dernière rencontre avec l’Émir se tint le 2 avril 1842, alors que Nasroul s'apprêtait à partir pour une campagne militaire dirigée contre Kokand. Il annonca à Boutenev que «ses décisions lui seraient notifiées par son vizir». Ainsi, l’Émir ratifIait le document si Nicolas I le signait. Les prisonnIs seraient liberés, les taxes à Boukhara réduites si et seulement si elles l'étaient aussi côté russe.

En définitive, rien de concret, donc. Une autre mission de Boutenev, moins célèbre, se solda par un échec. A la demande du gouvernement russe, il tenta sans succès de libérer deux officIs britanniques – Conolly et Stoddart - emprisonnés à Boukhara et accusés d'espionnage. Malgré les promesses, ils furent tous deux exécutés après le départ de la mission russe.

Un succès scientifique, mais un échec politique

Le 8 avril 1842, la mission prit le chemin du retour. Le 9 juin, elle arriva à Orenbourg. Bien que le temps passé à Zeravchan fut court, cet épisode constitua la première vraie recherche scientifique menée sur le territoire de l'actuel Tadjikistan. Leman est ses collègues collectèrent des informations zoologiques, botaniques, géologiques, ethnographiques. L'élaboration d'un plan détaillé de la région en fut le point d'orgue.

Deux mois plus tard, Leman partait pour Saint-Pétersbourg avec ses collections. Mais il fut victime d'un malaise et perdit connaissance. Hospitalisé à Simbirsk, il mourut d'une «fièvre nerveuse» à l'âge de 28 ans. Les possessions de Leman, 10 boîtes et sept colis, furent remis à la police. Par chance, une grande partie des collections aboutit entre les mains des collègues petersbourgeois de Leman et fit l'objet de publications en Russie et en Europe. Signe de l'envergure de l'expédition scientifique, le nombre de spécimens d'insectes collectés à Zeravchan, plus de mille. L'Académie des sciences de Russie mettra huit ans pour traiter l'intégralité de la collection botanique de Leman.

Mais le bilan politique de la mission fut qualifié d'échec total par Boutenev lui-même. Une opinion partagée par Saint-Pétersbourg. Le Ministère des Affaire Etrangères prit très mal cette issue et ne tenta pas de sitôt de redresser la situation dans laquelle se trouvaient désormais les relations entre la Russie et Boukhara. De plus, en 1842, quand l'émissaire Khoudoyarbek Klich Ginakov arriva à Saint-Pétersbourg en provenance de Boukhara en possession de «documents très importants adressés par l’Émir à la Cour», on lui fit comprendre que sa présence à Saint-Pétersbourg n'était pas désirée.

De l'amitié à la conquête

Des années s'écoulèrent avant que le gouvernement russe se souvienne moins douloureusement de l'échec de la mission de Boutenev. La réalité des contacts diplomatiques entre les deux états ne changea guère (missions boukhariotes en Russie en 1848 et en 1857). Les différends relatifs aux politiques douanières et au sort réservé aux prisonnIs russes persistèrent toutefois. Ce qui n'empêchait nullement les deux parties d'exprimer mutuellement leurs bonnes intentions : renforcer l'amitié et élargir le commerce.

Cependant, l'industrie russe, en plein dévelopement, insistait pour obtenir un accès plus large à ce marché et pour que de nouvelles recherches de matières premières soient mises en œuvre. De plus, la défaite en Crimée avait en quelque sorte marqué les limites de l'expansion russe en Europe, en particulI dans les Balkans. Saint-Pétersbourg se voyait contrainte de prêter davantage d'attention à l'Asie Centrale. Les missions diplomatiques menées en 1858 par N. Ignatiev en direction de Khiva et de Boukhara furent le témoignage d'une intensification des efforts diplomatiques russes en direction de l'Asie Centrale. Ignatiev put obtenir de Nasroul un accord écrit sur toutes les demandes russes: la division par deux des taxes sur les marchandises russes, la protection des commerçants russes face à la corruption des fonctionnaires locaux, l'installation à Boukhara «d'un agent de commerce par intérim» de l'Empire russe, la mise à disposition des commerçants russes d'un caravansérail et le droit de circuler librement à Boukhara, l'autorisation pour les navires marchands russes de naviguer sur l'Amou-Daria, la libération des prisonnIs russes. Nasroul s'engageait également à ne plus recevoir d'émissaires britanniques et à demander à l’Émir d'Afghanistan d'en faire autant.

En contrepartie, un arrêté pris le 20 mars 1859 exemptait des taxes «de quarantaine» le coton et la soie en provenance de Boukhara. Les marchandises russes destinées à Boukhara étaient également exemptées de certaines taxes. Saint-Pétersbourg répondait également favorablement à la demande de l’Émir de laisser s'établir sur le grand marché de Nizegorodsk les commerçants de Boukhara «au même titre que les commerçants des grandes puissances d'Europe et d'Asie».

Mais, dans le même temps, l'intérêt exprimé avec retenu par la Russie pour le developpement des relations économiques avec l'Asie Centrale virait à la ferme certitude que les intérêts russes en Asie Centrale pouvaient être défendus sans prendre en compte l'avis des populations locales, et même à leurs dépens. Pour cela, Saint-Pétersbourg était prêt à détériorer ses relations avec les khanats et même à les interrompre, d'autant que les pertes à redouter étaient négligeables. D'ailleurs, une grande partie de l'administration russe en Oural et en Sibérie estimait déjà que le temps de la négociation et des expéditions diverses était révolu. Les relations de plus en plus tendues avec la Grande-Bretagne et les intérêts économiques exigeaient de décisions fermes. Ainsi la Russie entreprit-elle des campagnes de conquête de grande envergure aux environs de 1860.

C'est en septembre 1866 que vint le tour de l'Emirat de Boukhara. Lors de la campagne militaire, qui aboutit à la transformation de l’Émirat de Boukhara en protectarat russe (1869), les informations recueillies par l'expédition de Boutenev furent d'une aide précieuse.

Mikhail Kalishevskii



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