29 mai 2017








Les actualités de l’Asie Centrale

La saison de l’esclavage cotonnier est ouverte en Ouzbékistan. Qu’y verront-ils les rapporteurs de l’OMT?..

06.10.2013 00:03 msk

Ferghana




En automne, l’Ouzbékistan est en pleine mobilisation des citadins à la récolte du coton. Selon le Groupe ouzbek d’Initiatives de militants indépendants pour les Droits de l’Homme (IGNPU), les autorités ouzbèkes ont l'intention de mobiliser à la récolte 2,5 millions de personnes à travers le pays . Pendant 45-60 jours, ils doivent ramasser environ 3,5 millions de tonnes de coton brut.

Rien qu’à Tachkent, les autorités ont prévu d’impliquer 200 mille habitants de la ville à la récolte, en premier lieu, les fonctionnaires, dont les agents de différents ministères et d’entreprises publiques, mais aussi les personnels d’hôpitaux et de polycliniques publiques, d’écoles et de lycées, les professeurs et les étudiants d’universités. Le refus de participer à cette campagne menace d’un licenciement.

Les autorités n’ont pas oublié les entrepreneurs privés : commerçants, banquiers, boulangers ... Ils sont forcés à se rendre dans les champs de coton eux-mêmes, soit à envoyer des ouvriers journaliers. De coup, la rémunération de ces ouvriers journaliers a accru de 30 mille soums par jour à 50 mille soums (soit de 8 à 14 euros) par jour.

Par exemple, selon IGNPU, chacun des 7000 vendeurs d’un des plus grands marchés de Tachkent « Tchorsou » doit verser aux autorités 1,5 mln de soums (500 euros) pour pouvoir éviter la récolte.

Ceux qui ne peuvent pas racheter leur liberté, vont dans les champs de coton. Et ici, ils sont avertis rigoureusement de ne pas contacter les journalistes, ni les militants pour les droits de l’Homme, ni les étrangers. Si la discussion devient inévitable, les récolteurs doivent avouer qu’ils sont venus à la récolte bénévolement, enviés d’aider la Patrie de renforcer son économie. Les fonctionnaires sont obligés à écrire une déclaration, adressée à leurs hiérarchies, en demandant de les envoyer à la récolte.

La même situation est dans toutes les provinces ouzbèkes. «A Andijan (province à l’est du pays), la cueillette du coton a commencé le 10 septembre, raconte une professeur d’Andijan sous couvert d’anonymat.

Cette année, le khokim (gouverneur de la région), Choukhrat Abdourakhmanov, a annulé la mobilisation au coton des étudiants de collèges et de lycées (écoles de deuxième degré en Ouzbékistan). En revanche, ce sont leurs professeurs qui vont dans les champs. Pourront-ils les étudiants fréquenter leurs écoles, si les professeurs sont à la récolte ?

Le domaine de la santé publique n’est pas exclu de ce processus : le personnel d’hôpitaux est mobilisé au coton. Les polycliniques et les cabinets de médecins ruraux sont presque tous fermés. Ceux qui ne veulent pas se rendre à ce combat, doivent payer un bakchich de 100 dollars à son directeur et encore 300 mille soums ($110) à un ouvrier journalier qui cueillera le coton à la place de ce fonctionnaire pendant une dizaine de jours.


« En attente du bus pour aller sur le champ »

Chaque entreprise reçoit ses objectifs de ramassage fixés de là-haut, et si elle n’arrive pas à les remplir, le directeur doit rembourser à l’Etat les kilogrammes manquant avec l’argent », raconte le professeur d’Andijan..

En Ouzbékistan, c’est l’Etat qui gère la production du coton, son traitement et sa commercialisation. L‘Etat impose aux paysans la quantité du coton qu’ils doivent produire. La société publique « UzPakhtaSanoat » (industrie cotonnière) assure le traitement du coton brut et l’emballage pour exporter la fibre de coton. UzVnechTrans, agence transporteur publique, et quelques entreprises commerciales sont chargées des exportations du coton ouzbek sur le marché international. Le Ministère des Relations Economiques Extérieures s’occupe des enregistrements de contrats et gère les recettes de cette vente, le Centre de certification « Sifat » certifie la qualité de la fibre, les Douanes gèrent les contrats d’exportations etc.


Même les femmes âgées sont forcées d’aller sur les champs

La récolte dure au moins un mois et demi, mais l’Etat n’offre aucune conditions de vie normale.

La veille de la récolte, les autorités créent un comité spécial avec les représentants d’établissements publics. Ils concluent les accords avec fermiers et définissent les conditions de vie de cueilleurs. Parmi les membres de ce comité figurent également les services sanitaires qui doivent contrôler les conditions de vie et la qualité de l’eau potable. La réglementation prévoit d’installer des citernes dans les champs avec l’eau potable avec des filtres pour prévenir les infections intestinales.

Mais, selon les observateurs, les cueilleurs vivent dans les conditions anti-sanitaires. Ils préparent leur thé et leur repas avec l’eau provenant de canaux d’irrigation.

Dans la province, la cueillette est obligatoire pour les femmes aux petits enfants, pour des personnes âgées, des handicapés, sinon, ces couches défavorisées de la population ne toucheront pas leurs allocations.

« Quelques mots sur l’attitude des organisateurs de la cueillette envers les citadins : les fermiers, chez qui viennent les citadins, et les fonctionnaires d’autorités locaux qui organisent la cueillette, se sentent féodaux. Ils surveillent rudement les cueilleurs, les réprimandent pour cueillir lentement ou peu, pour avoir laissé quelques fibres du coton sur l’arbuste etc», avoue le professeur d’Andijan.

Certaines femmes viennent à la récolte avec leurs bébés
Certaines femmes viennent à la récolte avec leurs bébés

* * *

Cette année, l’Ouzbékistan a accepté la visite d’une mission dédiée de l’Organisation Mondiale du Travail. «L'OMT observera la récolte du coton en Ouzbékistan afin d'empêcher l'exploitation des enfants " - a confirmé le porte-parole de l’Hans von Rohland.

La mission est arrivée fin septembre dernier. Cependant, de nombreux experts sont sceptiques. Selon Hans von Rohland, les observateurs travailleront « en coopération avec les autorités ouzbèkes et les chefs d’entreprises ».

Ces derniers vont certainement essayer de cacher les violations des conventions internationales signées par l'Ouzbékistan contre le travail forcé.

Notamment, l’association Cotton Campaign craint qu’en présence des autorités, les cueilleurs refusent de parler sincèrement aux observateurs de l’OMT.

Cotton Campaign a déjà signalé des faits du travail forcé dans les champs du coton «Au printemps 2013, les autorités ouzbèkes ont mobilisé les enfants et les adultes aux travaux de labour et de désherbage».

La récolte du coton est toujours accompagnée des victimes, dont celles de 2013 sont les suivantes :

- Le 22 septembre, au Karalkalpakstan, une étudiante s’est pendue après avoir été réprimandée par ses professeurs ;

- Le 22 septembre, à Samarkand, une professeur de 30 ans est morte, lorsque le minibus qui transportait les cueilleurs s’est renversé; ;

- Le 16 septembre dernier, un étudiant de l’Université de Karchi a été tué lors d’une bagarre entre des étudiants pour le coton cueilli ; trois autres cueilleurs y ont été grièvement blessés;

- Le 15 septembre, à Vabkent (région de Boukhara), un bébé de 6 ans est mort étouffé étant endormis sous la pile du coton, lorsque sa mère cueillait le coton ;

- Le 9 septembre, dans le village Khilol de la région du Kachkadaria, une étudiante du collège agricole, 16 ans, est morte d’un coup d’électricité ayant touché un câble nu du poteau d’éclairage.



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